Né dans les années 1910 dans le sillage des réflexions européennes sur l’ornementation, l’Art déco puise dans les recherches de l’Art nouveau.
Il se développe pleinement dans les années 1920 et se distingue par une esthétique épurée, géométrique, élégante, qui allie modernité et préciosité.
Ses formes séduisent les décorateurs, architectes et fabricants d’alors, mais restent souvent réservées aux catégories sociales aisées, du fait du coût élevé des matériaux et de la finesse des techniques mises en place à cette époque. L’Art déco incarne une période foisonnante, marquée par une soif de nouveauté, de vitesse, de liberté.
Il touche tous les domaines de la création : mobilier, mode, joaillerie, arts graphiques, architecture, transports… L’exposition revient ainsi sur les différentes tendances de l’Art déco, entre l’abstraction géométrique affirmée de Sonia Delaunay et Robert Mallet‑Stevens, l’épure formelle de Georges Bastard et Eugène Printz, ou encore le goût du décoratif de Clément Mère et Albert‑Armand Rateau.
Le 18 avril 1925 est inaugurée l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes dont les pavillons, se déploient entre les Invalides et le Grand Palais, dans lequel est montrée la sélection française.
L’exposition se veut résolument moderne, dans la forme comme dans l’idée. Les organisateurs, personnalités du monde artistique, politique et industriel, choisissent avec soin les œuvres et les participants.
Grâce au prix modique du ticket d’entrée et à la présence de restaurants et d’attractions, l’exposition est un grand succès populaire qui attire environ 15 millions de visiteurs.
Parmi les grands succès de l'Exposition de Paris en 1925 figure le Village du Jouet, dont la presse loue unanimement l'aspect. Les trente-sept maisonnettes qui le composent imitent en effet les maisons de poupées, et toute la section ressemble à un village en bois agrandi, posé à l'ombre d'un grand moulin. Le visiteur se retrouve propulsé dans un changement d'échelle propice à l'amusement et au rêve.
L'un des pavillons est consacré aux jouets des ateliers employant des soldats mutilés pendant la guerre, qui leur permettent de se réinsérer dans la société par le travail, et non par la charité. Dans les années 1920, ces jouets brillent par leur patriotisme.
Atelier des soldats mutilés de la guerre, fabricant - Perroquet sur roulettes, bois peint, vers 1920
Les quelque 150 bijoux et accessoires présentés par le joaillier Cartier à l’Exposition internationale de 1925 sont l’aboutissement de recherches formelles entamées vingt ans auparavant.
Pionnière, la maison explore très tôt de nouvelles esthétiques : dès 1904, les formes s’épurent, alors qu’apparaissent les premiers bijoux exclusivement géométriques.
L’arrivée de Charles Jacqueau, qui rejoint le studio de dessinateurs en 1909 et collabore étroitement avec Louis Cartier, marque un tournant par l’introduction d’accords de couleurs audacieux, influencés par l’Orient.
L’Inde inspire une nouvelle combinaison de pierres gravées multicolores, exposée pour la première fois en 1925, plus tard connue sous le nom de Tutti Frutti.
À partir des années 1930, les créations de Cartier, désormais rigoureusement géométriques, prennent du volume, tandis que s’impose l’emploi de l’or jaune, moins cher que le platine.
Celui-ci devient le complément idéal des nouveaux accords chromatiques introduits par Jeanne Toussaint, directrice de la création de la maison de 1933 à 1970.
On voit parmi les bijoux des "nécessaires", objets astucieux qui se portaient en pendentif, contenant en version miniature du parfum, du rouge à lèvres, voire des cigarettes.
Bien que ses créateurs poursuivent parfois des buts différents, incarnés dans des esthétiques variées, l’Art déco repose sur un vocabulaire commun : corbeilles et guirlandes de fleurs, bestiaire spécifique, figures géométriques tel l’octogone, utilisation de bois précieux comme l’ébène ou le palissandre, ou de matières et techniques comme le galuchat ou la laque.
La tendance la plus notable est la simplification et la géométrisation des formes, en lien avec les expérimentations des mouvements artistiques d’avant-garde, au premier rang desquels le cubisme, mais aussi le fauvisme.
Les sources d’inspiration de l’Art déco sont cependant multiples, échos aussi bien des découvertes archéologiques que des expositions consacrées aux arts extra-européens.
L'Art déco réinterprète aussi certains matériaux et savoir-faire. Aux 17e et 18e siècles, la marqueterie de paille est utilisée pour orner des objets de petites dimensions. Au début du xxe siècle, on remploie cette technique pour recouvrir des objets plus volumineux, voire des meubles entiers.
De même, le galuchat (peau de requin ou de raie tirant son nom du gainier ayant inventé le procédé pour la tanner) connaît une nouvelle vogue. Auparavant en usage sur des fourreaux d'épée et des petits étuis, il recouvre désormais des meubles entiers.
La légende voudrait qu'en 1910, Paul Iribe ait racheté un ancien stock de galuchat de la maison Réal, gainier de Napoléon III, et qu'il ait eu l'idée d'en gainer des meubles, en confiant la réalisation à Clément Rousseau.
Cette cape, ornée de larges motifs géométriques en panne de velours doublée de satin de soie orange, est un témoignage du nouvel usage fait par Marguerite Pangon de la technique indonésienne de teinture à la cire (batik) destinée à l'origine à des étoffes légères. Elle se distingue par la géométrisation des motifs habituellement floraux.
Par cette adaptation, Madame Pangon invente le batik français, qu'elle distribue dans sa boutique parisienne de la rue de La Boétie depuis 1916. Son étude de ce procédé traditionnel lui permet de la transposer à une gamme d'étoffes très variée.
En haut : Raymond Templier - Modèle de broche, 1932/Adolphe Mouron dit Cassandre - 2 projets de pendentifs, 1925 - En bas : Maison Georges Fouquet - 3 maquettes de bijoux, 1925
Cartier - Broche Scarabée, platine, or blanc, faïence égyptienne ancienne, diamants, émeraudes, saphirs, rubis, améthyste, onyx, 1924
Cartier - Broches Perroquet - HAUT : platine, or, diamants, saphirs, jade, corail, émail, 1929 / BAS : platine, diamants, saphirs, émeraudes, jade, corail, émail, 1928
L'exposition de 1925 constitue pour Sonia Delaunay une formidable opportunité. Sa boutique Simultané, en collaboration avec le couturier Jacques Heim, et à la devanture signée par l'architecte Gabriel Guévrékian, devient un écrin moderne pour présenter ses dernières créations, et pour développer le passage de ses réalisations du tableau à des vêtements, des accessoires et des tissus simultanés.
Ses expérimentations hors chevalet ne sont néanmoins pas nouvelles, mais remontent à 1911, et les débuts de l'édition de tissus simultanés datent de 1912, avec la conception de modèles de tissus modernes destinés à l'ameublement pour un soyeux lyonnais, J.B. Martin. Elle envoie cinquante dessins et met au point ses premiers tissus simultanés produits industriellement, amorce d'une diffusion de ses textiles pour les intérieurs comme pour la création de vêtements.
Artiste pluridisciplinaire et figure majeure de l'Art déco, Jean Dunand est décorateur, sculpteur, dinandier, ébéniste, laqueur et peintre.
Pour cet homme d’une grande persévérance, épris de techniques difficiles, l’art de la laque se révèle être pleinement à sa portée. Depuis sa rencontre avec Sougawara en 1912, Dunand s’emploie avec tout son sérieux à maîtriser les subtilités de cette création millénaire chinoise, introduite au 6e siècle, en même temps que le bouddhisme, au Japon, puis en Indochine. Ni la patience et la minutie que requièrent l’urushi, qui désigne la résine extraite du Rhus vernicifera, cet « arbre à laque » poussant dans les régions tropicales de l’Asie , ni la vingtaine d’opérations complexes que sa pose entraîne ne rebutent l’artiste, rodé aux exigences du métal.
Il a même apprique la technique de laque appliquée à la soie, comme en atteste la blouse ci-après.
Attribuée à Louiseboulanger, maison de couture - Jean Dunand, laqueur : blouse en crêpe de soie laqué, 1926
Edouard Marcel Sandoz, sculpteur, peintre et céramiste & Achille Bloch & Fils, fabricant - Le Secret, 1922
"Quelle influence Paul Iribe aura eue sur l'art décoratif contemporain, et surtout sur la joaillerie! ». Aucun bijou ne résume mieux cette affirmation faite en 1925 par le bijoutier Raymond Templier, que cette aigrette dessinée en 1910 par Paul Iribe et réalisée par l'orfèvre joaillier Robert Linzeler.
Inspirée des ornements de turbans orientaux, auxquels fait également référence l'émeraude gravée centrale, les commentateurs remarquent, dès son exposition en décembre 1910, la simplicité radicale et novatrice de son dessin, mettant en valeur l'audacieux contraste du bleu et du vert, jusqu'alors inédit, préfigurant l'Art déco.
Paul Iribe, dessinateur et décorateur & Robert Linzeler, joaillier et orfèvre Aigrette, platine, émeraude, saphirs, diamants, perles, 1910
Paul Frédéric Follot, décorateur - L'Enlèvement de Déjanire, pendentif or, perles, améthystes, nacre, quartz, 1919
Paul Frédéric Follot, décorateur - Bague en forme de cœur, or, opale, émail translucide à jours, 1905
Les années 1910 marquent le déclin du style Art nouveau et voient naître celui qu’on appellera Art déco.
Les Ballets russes, dès 1909, et l’invitation faite au Werkbund allemand de participer au Salon d’automne de 1910 introduisent de nouveaux enjeux esthétiques.
La création de l’Atelier Martine en 1911 et celle de la Compagnies des arts français par Louis Süe et André Mare en 1919, la présentation de la maison cubiste au Salon d’automne de 1912 posent les bases d’une rénovation des arts décoratifs.
Après les expositions de Turin en 1902 et 1911, l’annonce de la grande Exposition internationale programmée à Paris en 1913 puis 1915, et reportée en 1925, dynamise cette décennie qui porte en germe toutes les caractéristiques du «nouveau style».
André Vera en théorise les principes fondamentaux dès 1912 dans un texte fondateur valorisant l’ordonnancement architectural, la clarté ornementale et les «franches oppositions de couleurs».
Les Ballets russes sont une compagnie créée par Serge de Diaghilev avec des musiciens et des danseurs du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, qui tourneen Europe à partir de 1909 afin de diffuser les arts et la musique russes.
Les motifs inspirés du folklore russe et les décors très colorés, ainsi que laspectaculaire collaboration entre les différents arts et les invitations faites à des artistes de l'avant-garde font une forte impression et expliquent l'influence qu'ont eu les Ballets russes sur la scène artistique, en particulier sur les débuts de l'Art déco.
Edmond Dulac, illustrateur et Louis Henri Alphonse de Waroquier, relieur - Reliure pour Les Rubaiyat d'Omar Khayyâm, 1912
Cette chaise-longue faisait partie d'un ensemble de boudoir du décorateur Paul Follot présenté au Salon d'automne de Paris en 1912.
Encore empreinte des lignes sinueuses de l'Art nouveau, sa plus grande sobriété et l'assagissement de son décor annoncent les développements futurs de l'Art déco. Appliquées de façon régulière le long du dossier et de la ceinture, des roses structurent le décor de manière ordonnée. Follot renoue également avec les lignes des styles historiques, comme en témoignent les pieds postérieurs en sabre et le recours au bois doré.
Architecte de formation, Louis Sorel fait partie du groupe L'Art pour tous (1896-1901), un regroupement d'artistes qui cherchent à rénover les arts décoratifs en les rendant accessibles au plus grand nombre. Influencé par les courants hygiénistes et rationalistes, Sorel conçoit du mobilier plus simple, réfléchissant à leur usage et non uniquement à leur aspect esthétique.
Les quatre tablettes de cette table à thé s'ouvrent ainsi en éventail autour du pivot, permettant d'adapter le meuble aux besoins quotidiens. La démarche de rationalisation des formes évacue toute référence stylistique au profit d'un jeu structurel et géométrique, ouvrant ainsi la voie à l'Art déco.
Tour à tour peintre, tabletier et créateur de meubles, Clément Mère est vice-président de la Société des artistes décorateurs de 1913 à 1920.
Ses créations puisent à une diversité de sources. Les lignes organiques de l'Art nouveau, l'art du Japon, le mobilier historique et l'abstraction cubiste exercent ainsi une grande influence sur l'œuvre de Mère.
Jean-Charles Moreaux, décorateur - Bureau de dame à gradins, bois laqué, parchemin, verre, nacre, métal argenté 1925
Pierre Legrain, décorateur - Lampadaie, palmier, métal chromé, bakélite, tubes en verre gainés de parchemin, 1925
La reliure d'art connaît un véritable engouement au cours de la période Art déco,
À l'École des arts décoratifs, les ateliers de reliure font émerger les figures de Marguerite Fray ou Jeanne Langrand qui dirigea l'atelier.
Les décors s'expriment autant dans les motifs qui tendent à la géométrisation et dans des lettrages sophistiqués que dans l'usage des matériaux précieux traditionnels tels que les cuirs colorés, parchemin, dorure,ou plus innovants comme la marqueterie de paille.
Un portfolio de quarante-huit planches fut édité à la suite de l'exposition de 1925 pour garder la mémoire des propositions des artistes décorateurs ayant œuvré aux différentes salles d'Une Ambassade française.
Les reproductions de dessins gouachés témoignent de la diversité des styles et de la liberté créatrice offerte aux participants.
Formant l'une des expressions les plus diversifiées du style Art déco, l'objet d'art explore la voie de la couleur et des tons audacieux.
En contrepoint des pièces uniques, une gamme plus vaste d'objets décoratifs édités en série permet de satisfaire à la mode du bibelot, véhiculant l'image d'une époque festive.
Créée en 1901, la Société des Artistes Décorateurs (SAD) a pour objectif de promouvoir les arts décoratifs français. Comme l’Union centrale des arts décoratifs (ancêtre du musée des Arts décoratifs), elle encourage un renouvellement artistique constant nourri aux sources du passé. Toutes deux défendent, dès 1911, un projet d’exposition internationale.
En 1924, la SAD obtient du gouvernement de disposer des trois corps de bâtiment entourant la Cour des métiers, sur l’esplanade des Invalides.
Elle y conçoit «Une Ambassade française», soit un appartement de réception relié par une galerie d’art à un appartement privé. Membres ou non de la SAD, tous les décorateurs sont appelés à soumettre des projets pour décorer ces pièces, puis à voter pour leur attribution.
Grâce à ce concours insolite, la SAD expose une très grande diversité de propositions esthétiques, en un éclectisme assumé et parfois critiqué
Charles Plumet fut l'architecte de la Cour des métiers, dont le patio était orné de sculptures et de grandes toiles aux sujets modernes tels que Le Sport, Les Transports, ou plus classiques comme L'Enseignement ou, ici, Le Mobilier.
Henri Rapin met en scène les étapes de conception, de fabrication, de finition, jusqu'à la vente d'objets décoratifs, pour valoriser les chaînes de savoirs et de savoir-faire et mettre en avant les professionnels des arts appliqués et le goût moderne.
Des meubles existants incarnent l'atelier, à l'instar du cabinet fleuri de Jacques-Émile Ruhlmann, ou de la table de Raymond Subes, visibles à gauche de la peinture.
Ce chiffonnier d'André Groult, dit anthropomorphe, est l'un des chefs-d'œuvre de l'Art déco. Les courbes galbées qui lui ont valu son surnom ne correspondent cependant pas à l'esthétique géométrique et rectiligne de ce style.
La géométrie se retrouve plutôt sur le décor qui court sur le galuchat dont il est recouvert, matériau emblématique de l'Art déco.
À l'exposition de 1925, le chiffonnier et la bergère sont présentés dans la chambre de Madame d'Une Ambassade française, imaginée par Groult comme un écrin intime tendu de soie gris et rose et peuplée de meubles en galuchat.
Le chiffonnier est un type de meuble inventé au18e siècle, grande époque de l'ébénisterie et du goût français, vers laquelle regardent les créateurs de l'Art déco.
Raymond Subes, ferronnier - Console (d'une paire), 1925 / Gaston Lebourgeois, sculpteur - Lion marchant, merisier, 1931
Les frères Martel, Jan et Joël, manifestent la modernité cubiste de leurs sculptures à travers l'exposition de 1925, de l'arbre en ciment, aux bas-reliefs monumentaux de la Pergola de la douce France.
Pour le fumoir composé par Francis Jourdain dans Une Ambassade française, les Martel s'emparent de l'iconographie traditionnelle de la Vierge à l'Enfant et du motif antique de la danseuse dans un esprit synthétique, résolument moderne. L'importance de la ligne, de l'imbrication des formes géométrisées et des volumes lisses est propre aux réflexions esthétiques des Martel, s'apparentant en cela à la sculpture cubiste.
Raymond Delamarre est l'un des artistes académiquesni oubliés de la première moitié du 20e siècle qui, s'il ne s'essaya aux abstractions ni à la radicalité des avant-gardes, proposa néanmoins une autre forme de modernité, marquée par un retour au classicisme et le désir de renouer avec une certaine tradition.
À l'exposition de 1925, il présente une fontaine monumentale dans le jardin du pavillon Corcellet, ainsi que des bas-reliefs représentant des couples mythologiques dans le « Hall de collection » conçu par Michel Roux-Spitz pour Une Ambassade française.
Il proposera, tout au long de sa carrière, plusieurs variations, les déclinant en bas-relief, médailles ou ronde-bosse, de différents formats.
Raymond Delamarre, sculpteur - Médaillons Persée et Andromède / Nessus et Déjanire, plâtre argenté,1929
Charles Martin, dessinateur et Maison Bianchini-Férier, tisseurs - Lé en soie façonnée Les Ananas, 1923
Edouard Bénédictus, dessinateur et Maison Brunet-Meunié, tisseur, Lé en viscose Les Jets d'eau, 1925
Les images qui suivent sont des projets non retenus pour Une Ambassade française. Ces dessins furent probablement extraits des archives de la Société des artistes décorateurs.
La confrontation de ces différentes réflexions met en exergue l'hétérogénéité des partis pris des représentants de cet art moderne, guidés par une grande liberté de créativité sous la bannière de la SAD.
Jean Luce, créateur et Manufacture Montereau - Service à café et assiette du service Rectangulaire, 1932
Marcel Goupy créateur, attribué à Pierre Cha, orfèvre Rouard, éditeur - Service à liqueurs, verre taillé, métal argenté, macassar, 1932
L'Art déco est aussi une histoire de collaborations. L'excellence esthétique des œuvres nécessite souvent l'intervention de plusieurs artistes, experts dans leur domaine, comme pour ce paravent, exécuté par le grand maître de la laque d'après un carton de Jean Lambert-Rucki, peintre dont les silhouettes et animaux sont très reconnaissables.
Les deux artistes ont fréquemment travaillé ensemble, notamment pour orner du mobilier de Jacques-Emile Ruhlmann. Dunand collabore également avec Eugène Printz, dont de nom breuses pièces sont laquées. Ce paravent, parfois aussi appelé Rencontres, étaitprésent à l'exposition de 1925, œuvre collective de l'Art déco s'il en est.
Jean Dunand, laqueur et Jean Lambert-Rucki, dessinateur - Paravent Le Cirque, bois, laque, coquille d'œuf, 1923
Pour l'Exposition internationale de Paris en 1925, le pavillon Lalique a été dessiné par l'architecte Marc Duclauzeaud. L'entrée est monumentalisée par une grande baie vitrée, avec des portes toutes de verre et de fer.
Les formes orthogonales des carreaux aux épais montants métalliques,proches du modernisme, présentent cependant un aspect décoratif par les motifs de chrysanthème en verre incrustés dans le métal.
Les jeux de reflets et de transparence animent la géométrie des carreaux et démontrent toute la science de la lumière et de l'ornement de René Lalique, ainsi que son virage moderne... sauf que la présentation à contre-jour ne m'a pas permis d'en prendre une image décente.
René Lalique, verrier - Porte d'entrée du pavillon Lalique à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, 1925
Pierre Chareau, architecte-décorateur - Projet du bureau-bibliothèque d'une Ambassade française Paris, 1924
Pierre Chareau imagine un bureau-bibliothèque pour l'appartement privé d'Une Ambassade française, le pavillon de la SAD.
Cet ensemble résume à lui seul les grandes caractéristiques des créations de Chareau : mobilité, multifonction des espaces, et reprend dans la conception de son plafond le concept de l'éventail cher au créateur permettant d'augmenter l'éclairage naturel du bureau selon l'ouverture des vantaux sur un plafond lumineux.
Il est complété du bureau MB 212, aux lignes géométriques, pourvu de divers rangements qui s'escamotent.
La diversité des participants à l’exposition de 1925 reflète la multitude de tendances qui traversent l’Art déco. Des créateurs de sensibilités différentes se côtoient, parfois au sein du même pavillon. La presse du temps les oppose en une série de binômes, contemporains/modernes, traditionalistes/rationalistes, ou coloristes-décorateurs/ingénieurs-constructeurs.
Les manifestes modernistes, tels que le pavillon de l’Esprit nouveau de Le Corbusier ou le pavillon constructiviste de l’URSS, restent minoritaires.
L'Union des artistes modernes créée en 1929 réunit de grands noms de l’Art déco mais aussi l’entourage de Le Corbusier et de Charlotte Perriand, clarifiant les oppositions. Se distinguent alors les tenants d’un luxe décoratif et les avocats d’une production rationalisée de masse.
Jacques-Émile Ruhlmann, génial maître des essences rares et de l’ivoire, incarne une certaine idée de l’Art déco français, parfois ostentatoire, qui a pu éclipser sa profonde modernité.
Suivant un parcours inhabituel, Ruhlmann a transformé l’affaire familiale de peinture, miroiterie et vitrerie en entreprise de décoration. Véritable modèle de l’ensemblier, il collabore tout au long de sa carrière avec de nombreux artistes et fabricants, qu’il rassemble dans le pavillon qu’il fait construire par Pierre Patout à l’exposition de 1925, le triomphal "Hôtel du collectionneur", réalisant ainsi l’union entre l’art, l’artisanat et l’industrie.
Tout au long de sa carrière, Ruhlmann reçoit des commandes officielles et a meublé les demeures et bureaux de chefs d'entreprise et de capitaines d'industrie. Il bénéficie également de grands chantiers, comme le paquebot Île-de-France, la chambre de commerce et d'industrie de Paris, autant de représentations du style français.
Exposé au Salon d'automne de 1920 et à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 dans Une Ambassade française de la Société des artistes décorateurs, surmonté de cette poule d'eau de François Pompon, ce bahut au motif de cailloutis typique de Ruhlmann a été livré au palais de l'Élysée en 1926 et utilisé pendant presque vingt ans.
Jacques-Émile Ruhlmann, ensemblier - Buffet Elysée, chêne, loupe d'amboine, ivoire, bronze argenté, 1920 / François Pompon, sculpteur - Poule d'eau, 1911
Icône de l’Art déco, Eileen Gray se distingue des créateurs de la période par la singularité de ses œuvres et de son univers esthétique. Formée aux Beaux-Arts, au Royaume-Uni puis à Paris, Gray a choisi d’être décoratrice: lorsqu’elle structure l’espace par des éléments décoratifs, elle le fait à la façon d’une plasticienne, comme en témoigne sa prédilection pour le paravent.
En 1926, Eileen Gray et l'architecte Jean Badovici réalisent une villa au bord de la mer Méditerranée, la villa E-1027.
Son programme interroge l'action de l'architecture contemporaine et sa capacité à susciter l'émotion et affirme la nécessité, pour toute construction, d'afficher une unité tant extérieure qu'intérieure.
L'architecture doit se suffire à elle-même, sans ajout d'éléments superflus, mais ne doit pas pour autant négliger l'humain et le confort intime, afin d'éviter toute accusation de froideur. Tout le mobilier, fixe ou intégré, est ainsi pensé pour accompagner et faciliter, par sa modularité, les activités des habitants de cet espace restreint.
Dans un Paris capitale de l'Empire colonial français où l'art dit alors « nègre » est à la mode, tant dans les collections que dans les créations contemporaines, le Théâtre des Champs-Élysées construit un spectacle avec une troupe américaine : La Revue nègre. Le jazz n'est alors pas inconnu en Europe, mais le succès est retentissant, notamment grâce à Joséphine Baker.
Si le spectacle, assuré entièrement par des artistes noirs, permet la diffusion d'une culture propre, elle est tout de même altérée et fantasmée, comme le montre la création de la « danse sauvage », qui se joue des codes de nudité, de vulgarité et d'expression corporelle.
L'affiche de Paul Colin propulse sa carrière de graphiste, se rattachant de loin au mouvement cubiste. Le dessin reprend des conventions à caractère raciste du « bon nègre », image postérieure à la Grande Guerre, avec des exagérations de traits faciaux et les contrastes francs de couleurs qui tournent en dérision les personnages.
De nombreux créateurs de l’Art déco investissent les arts de la scène et du spectacle, réalisant ainsi la synthèse des arts chère à la période. À Paris, la vie nocturne reflète l’esprit de liberté animant une époque que l’on qualifiera de «folle», caractérisée par la découverte du jazz. Bals d’artistes et revues populaires se succèdent, dont les affiches couvrent la ville.
Les artistes profitent surtout du succès d’un nouveau medium, le cinéma, pour trouver une audience pour leurs idées.
La popularité du cinéma en fait le vecteur de diffusion de l’Art déco aux États-Unis. Cedric Gibbons, directeur artistique de la MGM, visite l’exposition de 1925 et adopte le nouveau style qu’il y a découvert, comme dans Our Dancing Daughters en 1928. Paul Iribe devient directeur artistique de la Paramount et collabore fructueusement avec Cecil B. DeMille.
Bois précieux, ivoire, parchemin, galuchat: l’Art déco s’illustre par le luxe des meubles, des objets, des décors. Ce raffinement peut contribuer à donner une vision faussée d’années souvent nommées folles dont les conditions de vie, au sortir de la Première Guerre mondiale, restent difficiles.
Adapter les recherches des décorateurs et ensembliers à la vie quotidienne et à la fabrication en série n’est pas aisé. Les grands magasins et leurs ateliers vont jouer un rôle important dans la diffusion de l’Art déco en proposant des objets de toutes sortes.
Les prix demeurent cependant élevés, montrant les limites de la démocratisation de l’Art déco et des réflexions sur la fabrication en série. Les créateurs les plus sensibles à ces idées se rassembleront, en 1929, sous la bannière de l’Union des artistes modernes.
C’est finalement grâce à l’adoption du vocabulaire de l’Art déco par les affichistes que ce style conquiert l’espace public et se révèle au plus grand nombre
Robert Mallet-Stevens est une figure de proue de l'architecture moderne française, partisan de la coopération des arts. Il participe aux expositions internationales de 1925 et 1937, réalise des décors de cinéma et des projets comme la célèbre Villa Noailles.
Pour son agence, au rez-de-chaussée de son hôtel particulier à Paris, il conoit çson propre mobilier. Les chaises s'inspirent de Josef Hoffmann et le bure devait servir de prototype pour une production industrielle qui n'a pas aboutie.
Dès 1917, il conçoit un manifeste architectural homogène des bâtiments de la vie moderne. Dans le contexte de la reconstruction, sa proposition d'une urbanité à l'esthétique harmonieuse et cohérente et du confort des habitants.
Le fond de cette salle comporte les portes conçues par Jean-Michel Frank pour l'appartement de François Mauriac, en 1921. Elle sont en bois peint avec de la marqueterie de paille.
Au centre, datés de 2024, les trois panneaux colorés ont été dessinés par un contemporain, Richard Peduzzi et réalisés en marqueterie de paille sur structure en cèdre par Manon Bouvier-Toth, de l'atelier Paelis.
Robert Mallet-Stevens, architecte - Bureau et fauteuil, tôle emboutie, tube métallique nickelé et laqué, cuir, métal argenté, 1927 / Jacques Le Chevallier, décorateur Lampe de bureau, 1927
Le streamline ("forme profilée") pousse la réflexion esthétique de l'Art déco et de l'industrialisation dans le contexte occidental et surtout américain de croissance économique, technique, et matérielle.
S'inscrivant dans les recherches de vitesse et d'aérodynamisme des voitures ou des trains, les architectures et les objets épurés en reprennent les volumes lissés et imbriqués, les courbes et les lignes soulignées comme simples ornements.
Par la bakélite ou encore l'aluminium, le streamline s'incarne dans les objets du quotidien des classes moyennes : horloge, lampe, aspirateur ...
Lors de l'Exposition de 1925, la participation de la Suède est particulièrement remarquée par le public et le jury, qui sont conquis par la vision singulière de cet Art déco venu du nord. Dès lors baptisée Swedish Grace, la « grâce suédoise », ce
mouvement, s'il partage avec l'Art déco français sa tendance à la géométrisation, s'en distingue par son langage sobre et classicisant puisé dans l'Antiquité.
La pureté formelle de la décoration est soulignée par quelques détails appliqués en surface tant dans le mobilier que les objets d'art. Le grand magasin Svenskt Tenn, fondé l'année précédente, est également présent. Il s'est rendu célèbre pour ses objets en étain créés en collaboration avec des artistes suédois. Ces objets de tous les jours ont ainsi contribué à faire de la participation suédoise un succès commercial.
Sylvia Stave, orfèvre et Hallbergs Guldsmeds, éditeur - Shaker n°3820 et Carafe n°3467, argent nickelé, Suède vers 1931
Comme j'ai atteint la limite de taille que permet Overblog, la suite de l'exposition fera l'objet d'une deuxième partie, consacrée au voyage et à l'Orient Express.
A suivre, donc !
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