Visionnaire guidé par une curiosité insatiable et un goût affirmé pour l’innovation picturale, Oscar Ghez s’est intéressé à des artistes encore peu reconnus à son époque, devenus plus tard de grands noms de l’histoire de l’art moderne.
Très tôt, il a mis en lumière des femmes peintres comme Suzanne Valadon, Tamara de Lempicka ou Marie Bracquemond. Guidé par la conviction humaniste que l’art est un langage universel, il a aussi rendu hommage à de nombreux artistes juifs ayant péri durant la Shoah, en faisant don de 137 de leurs œuvres à l’Université de Haïfa en 1978.
Le parcours de l’exposition, rassemblant 60 chefs-d’œuvre issus de 38 artistes différents, offre une traversée des grands courants ayant façonné l’art moderne. École de Paris, Nabis, néo-impressionnisme ou encore cubisme : les tableaux collectionnés par Oscar Ghez illustrent l’audace picturale et la diversité qui traversèrent une époque des plus inventives.
Au fil d’expérimentations chromatiques, de portraits et de scènes de genre, les œuvres sélectionnées par Oscar Ghez dessinent différents pans de l’histoire, de la fin du Second Empire à l’entre-deux-guerres, en évoquant aussi les débuts de l’industrialisation.
Avec près de 630 œuvres, la collection Ghez conserve une des plus grandes collection d'œuvres du peintre et dessinateur franco-suisse Théophile-Alexandre Steinlen, surnommé "le père aux chats".
Il n'y en a qu'une ici mais elle est spectaculaire ! Elle a été conçue pour le cabaret du Chat noir, le lieu de divertissement du Tout-Paris à la fin du 19e siècle.
Gustave Caillebotte est un de mes favoris et j'ai été heureuse de voir cette toile.
Il représente le Paris moderne à travers l'image du pont de l'Europe, qui relie la gare Saint-Lazare aux nouveaux quartiers dessinés par le baron Haussmann à partir du milieu du 19e siècle.
Dans ce tableau à la structure architecturale très réfléchie : un élégant bourgeois en haut de forme marche à grand pas vers l'observateur, dépassant une jeune femme élégante. Un ouvrier semble regarder distraitement au-delà de l'imposante armature de fer et le chien se promène seul.
Le jeu de perspectives et points de vue donne une étrange sensation de tranquillité dans un contexte pourtant très urbain.
Ne connaissant pas d'autres pointillistes que Signac et Seurat, j'ai été très intéressée par Cross.
La végétation et la lumière méditerranéennes fascinent Henri Edmond Cross.
Le contraste de l'ombre au premier plan et de l'intense luminosité du centre de la toile détermine l'organisation chromatique du tableau.
Les touches diversifiées du pinceau confèrent un frémissement à l'ensemble de la surface peinte. Cross s'éloigne ici de la rigueur scientifique pour un art empreint de lyrisme où les arabesques des branches et les détails graphiques tels que les cornes des chèvres rythment la composition.
Charles Angrand est, avec Signac, un des rares amis de Seurat et l'un des seuls à avoir pu peindre à ses côtés.
De l'artiste, seuls une vingtaine de tableaux à l'huile nous sont connus, Angrand renonçant précocement à la peinture pour se consacrer au travail du dessin.
La Seine à l'aube est sans doute l'un de ses chefs d'œuvre. Adoptant un pointillé très fin, jouant sur le mélange optique des touches et usant d'une palette réduite au bleu, au jaune et au vert, le tableau est le fruit d'une longue élaboration.
À la limite de l'abstraction, il ne prend sens que par la présence de la barque qui se détache dans un halo de lumière sur la surface irisée de l'eau. La limite entre l'eau, la berge et le ciel est à peine perceptible.
Exposé à la 6e exposition des Artistes Indépendants en 1890, puis au Salon des XX à Bruxelles l'année suivante, ce tableau a appartenu ensuite à Toulouse-Lautrec
Sensible à la grandeur de l'univers du travail, Maximilien Luce est fasciné par l'exploitation du charbon, notamment en Belgique où le paysage est façonné par l'activité des charbonnages et des aciéries. L'œuvre présentée ici appartient à une première série de tableaux consacrés aux environs de Charleroi.
S'il soutient sans relâche les revues anarchistes, auxquelles il donne des dessins engagés contre l'État bourgeois, l'artiste se montre moins militant dans ses œuvres peintes. Pas de misérabilisme ni d'héroïsme dans cette scène où les ouvriers qui contemplent le métal en fusion sont tout simplement fascinés par le spectacle qui s'offre à eux.
Felix Vallotton est un admirateur de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Comme lui, il privilégie la ligne, soumet les formes à une stylisation poussée, supprime la plupart des détails tout en accentuant ceux qui lui paraissent les plus significatifs.
On trouve son hommage dans l'attitude légèrement précieuse de son modèle, ses couleurs saturées et le dessin précis des objets qui l'entourent.
J'ai adoré la toile suivante, au point qu'en l'absence de sécurité et de la peur de finir mes jours en prison, je l'aurais bien emportée.
Il y a tant de sensualité mutine dans le décor aussi nu que le modèle...
Charles Camoin compte parmi les quatre élèves de Gustave Moreau à l'Écoledes Beaux-arts de Paris qui furent les piliers de la salle VII du Salon d'automne de 1905.
A cette occasion, le critique Camille Mauclair écrivit : « Un pot de peinture vient d'être jeté à la figure du public. ». Ici, la figure humaine devient en effet prétexte à une orchestration de couleurs.
Cette Napolitaine, par sa pose frontale, suit également les conseils de Paul Cézanne, que Camoin, seul parmi les fauves, avait rencontré à Aix-en-Provence en 1901.
Alexis Mérodack-Jeaneau, figure singulière de l'avant-garde française, réalise en 1907 cette œuvre emblématique de sa quête de modernité.
La vigueur de sa composition est frappante : le corps sculptural se détache du fond abstrait, opposant sa position statique et le mouvement inhérent de la sphère.
L'homme au regard sombre devient une métaphore de la condition de l'artiste.
Mérodack-Jeaneau privilégie de grands aplats colorés, des lignes dynamiques et une palette vive, héritée de Gauguin et du symbolisme de Moreau, mais d'où l'on perçoit également la radicalité du fauvisme et de l'expressionnisme.
Ce nu se situe dans l'atelier du peintre. L'artiste a créé une véritable mise en scène de motifs en multipliant les tissus, tapis, couvertures et coussins afin de faire dialoguer les lignes du corps et du décor.
Nous sommes en 1905, l'année du Salon d'automne où le fauvisme fait scandale. La même année, Manguin travaille à Saint-Tropez.
À cette époque, le Midi de la France est le berceau de la modernité en peinture et accueille de nombreux peintres venus se confronter à la puissance de la lumière et des couleurs.
Apollinaire et Picasso sont les premiers à s'installer dans le nouveau foyer artistique de Montparnasse en 1913, année où l'artiste japonais Foujita arrive à Paris. Ils seront bientôt suivis par les membres de l'« École de Paris ».
Foujita partage avec eux modèles, ateliers et vie nocturne joyeuse et liberée. Cette toile, teintée d'un érotisme cocasse, propose une composition très resserrée et une perspective ramassée qui n'est pas sans évoquer l'influence des estampes japonaises qu'il mêle à la modernité occidentale pour décrire la vie nocturne de la capitale.
Jeanne Hébuterne se représente de profil, le regard grave, les traits synthétisés, entourés d'un cerne sombre qui annonce les portraits de son compagnon Modigliani.
Cependant, elle privilégie la fidélité à ses propres traits et révèle son teint laiteux qui lui valut son surnom de « Noix de coco ».
Si Hébuterne arrêta de peindre à partir de 1919, elle fut également créatrice de mode. L'arrière plan décoratif évoque le kimono japonais qu'elle porte dans un second autoportrait. Les motifs contrastent avec les plages diaphanes de sa chair, comme une volonté de s'inscrire dans la modernité picturale de son temps.
Suzanne Valadon représente les corps sans artifice ni voyeurisme, loin des conventions académiques. Elle-même modèle, Valadon connait bien le regard masculin posé sur le sujet et s'empare du nu de façon différente.
Loin de l'idéalisation du corps féminin propre à la tradition classique, l'artiste veut représenter une personnalité, une individualité, à travers l'image du corps plutôt que chercher à susciter le désir.
Marie Vorobieff, dite Marevna, réalise ici son œuvre la plus remarquable, dans laquelle elle synthétise les avant-gardes parisiennes et les bouleversements historiques de son époque. Ici, seule la figure féminine, en bas résille, porte un masque à gaz, telle une allégorie de la résilience civile dialoguant avec un soldat médaillé en uniforme bleu horizon, dont la rigidité mécanique évoque la déshumanisation des combattants.
Elle développe un style unique, mêlant cubisme saccadé et vibration pointilliste, visible dans les facettes géométriques et les contrastes chromatiques qui structurent la composition.
C'est en août 1917 que le designer Francis Jourdain passe commande d'une décoration en trois panneaux pour un salon de thé parisien qui sera à la mode dans l'après-guerre.
Édouard Vuillard décide de réaliser une décoration en miroir, où le lieu réel se reflète dans le tableau. De fait, le peintre réalise ici son œuvre la plus ancrée dans l'époque, la plus Art déco. Mobilier, luminaires, laques incandescentes des murs, chapeaux cloche des femmes au premier plan, tout est là pour faire de cette décoration l'écho rutilant du lieu auquel elle renvoie.
Ici, Vuillard a choisi l'animation de la société des cafés parisiens pour célébrer la résilience sociale après la Grande Guerre, discrètement évoquée par un soldat en capote bleu horizon.
Tamara de Lempicka, exilée depuis Saint-Petersbourg, a développé au sein de l'Académie Ranson puis de l'Académie de la Grande Chaumière un style à la croisée du maniérisme de la Renaissance et du néocubisme, fléchissant vers la mode Art déco de son époque.
Cette œuvre qui mêle rigueur cubiste et sensualité des formes, est remarquée dès son exposition au Salon d'automne de 1923.
Le tableau révèle un moment de forte intimité érotique entre deux femmes. Lempicka, libertaire et bisexuelle, fait partie des artistes pionnières qui vivent ouvertement leurs multiples aventures amoureuses et qui en font un des sujets de prédilection de leur art.
J'ai été heureuse de découvrir des peintres ou des oeuvres que je ne connaissais pas. Il me tarde maintenant d'aller voir l'exposition temporaire sur l'Ecole de Paris, au Musée de Montmartre.
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Caumont Centre d'Art | Musée et Hôtel particulier à Aix-en-Provence
Classé monument historique, Caumont Centre d'Art est un lieu majeur de la vie culturelle aixoise qui restitue l'atmosphère et l'esthétique du XVIIIe siècle.
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