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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Mont Saint-Michel - Seconde partie : les profondeurs

Publié le 15 Avril 2026 par Baronne Samedi in Art et spectacles, Le Mont Saint-Michel, Architecture

Si l'abbaye haute se visite librement, il faut s'inscrire à une visite-conférence des Monuments nationaux pour accéder aux profondeurs dont les portes sont fermées à clé. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La chapelle Notre-Dame-sous-Terre s’élevait à l’origine, en plein air, à l’ouest du sommet du Mont Saint-Michel.

Mesurant environ 12 mètres de long sur 9 mètres de large, on ne connaît pas avec précision la date de sa constructio mais les caractéristiques de sa maçonnerie sont celles d’un édifice antérieur à l’an mille.

Au 11e siècle, elle aurait été transformée pour servir de fondations aux trois premières travées de la nef de l’abbatiale.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La porte en chêne qui subsiste en haut prouve qu'avant d'être réouverte, elle était cachée par une pièce construite au-dessus. 

Pendant des travaux de restauration, en 1960, l’architecte des monuments de France Yves-Marie Froidevaux a mis au jour, derrière le sanctuaire, un mur cyclopéen pouvant constituer les vestiges de l’oratoire édifié par saint Aubert en 708.

L’église aurait donc été construite pour remplacer le sanctuaire primitif. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Louis XI fit du Mont Saint-Michel une prison d’État destinée aux religieux et aux exilés. Les souverains successifs y envoyèrent par lettre de cachet 153 prisonniers entre 1666 et 1789. La Révolution française libéra une dizaine de prisonniers d’État. 

A partir de 1792, le Mont Saint-Michel devint prison départementale, notamment pour les mineurs délinquants de la Manche et des environs. 600 prêtres y furent incarcérés, jusqu'à la chute de Robespierre.

En1811, un décret de Napoléon 1er transforma l'abbaye en maison centrale de détention pour des prisonniers ayant des peines supérieures à quatre mois. Par une ordonnance de 1817, elle devint maison de correction et maison de force pour les condamnés aux travaux forcés qui participent aux travaux de maintenance de la prison. 

En 1840, ils étaient à peu près 800 prisonniers de droit commun qui travaillaient pour une entreprise privée. C'était une idée de Napoléon, pour que les prisons ne coûtassent rien à l'État. Une entreprise répondait à un appel d'offres et obéissait à un cahier des charges. L'entreprise nourrissait (for mal) les prisonniers et les faisait travailler douze à quatorze heures par jour. Les détenus, hommes et femmes, étaient voués à diverses tâches :  tissage sur métier, filature, confection de voiles de bateau, de chaussons de lisière et de chapeaux de paille.

En 1844, les prisonniers politiques furent amnistiés, seuls les détenus de droit commun restant enfermés jusqu'à la fermeture de la prison, en 1863. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

On traverse la salle de l'Aquilon, construite au 11e siècle. Les voûtes furent reconstruites en 1103, après leur effondrement. Cette salle est divisée en deux nefs par trois colonnes aux chapiteaux à décoration végétale simple.

C'était l'entrée et l'accueil de l'abbaye pour les pèlerins avant la construction de ce qui est nommé "la Merveille", c'est-à-dire les bâtiments gothiques construits sur la face nord du Mont-St-Michel, entre 1211 et 1228 et qui, extérieurement, présentent l'aspect puissant d'une forteresse.

La salle de l'Aquilon ne communiquait pas avec les bâtiments conventuels au-dessus, pour que soit préservée la solitude des moines.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La chapelle de Notre-Dame-des-Trente-Cierges, construite au 11e siècle, sert de soubassement au transept nord de l'abbaye. Elle a été remaniée au 13 siècle. 

C’est là que commençait la journée des moines par la prière du matin. Le nom de la chapelle viendrait de ce que les moines brûlaient alors 30 cierges pour les donateurs.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
On voit la roche brute sur laquelle la chapelle a été édifiée.

On voit la roche brute sur laquelle la chapelle a été édifiée.

La Vierge à l'Enfant, du 13e s., en pierre, provient de l'abbaye de Hambye.

La Vierge à l'Enfant, du 13e s., en pierre, provient de l'abbaye de Hambye.

On peut voir, à l'intérieur d'une arche et datant du 12e siècle, un des rares exemples de fresque dite "faux appareil" restant au Mont Saint-Michel.

C'est une décoration sous la forme d'une peinture qui imite les lignes horizontales et verticales d'un appareil de maçonnerie entre des pierres de taille, un motif décoratif très courant dans les églises du Moyen Âge. Il est ici bordé de rinceaux.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La crypte des Gros Piliers repose directement sur le rocher. Elle a été édifiée après l'effondrement du chœur de l'église abbatiale, en 1421. 

Son rôle n'est pas cultuel, mais uniquement technique : ses dix piliers de cinq mètres de circonférence soutiennent le nouveau chœur, élevé dans le style gothique flamboyant. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

On peut voir un peu de lumière naturelle au sommet d'une voûte, qui entre par une lucarne vitrée.

Celle-ci est placée à gauche de l'autel de l'abbaye. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La crypte Saint-Martin est une chapelle primitive du 11e siècle. La voûte est en berceau et plein cintre, avec une hauteur de 9 mètres. 

Elle était hors de la partie réservée aux moines, et les manuscrits n'y mentionnent aucune cérémonie. Elle s'ouvrait sur l'ossuaire et la zone funéraire où étaient probablement inhumés les bienfaiteurs de l'Abbaye.

Fait rare, l'endroit est resté tel qu'il était lors de son achèvement vers 1050.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La chapelle Saint-Étienne fut construite en 1163 au sud de Notre-Dame-sous-Terre. Au cours du 13e siècle, les voûtes romanes ont été remplacées par des  croisées d’ogives.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Un fragment de fresque représente le temps qui passe, symbolisé par une femme enceinte, un homme mûr et un squelette.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Contiguë au cimetière des moines, ce fut la chapelle des morts où les corps des religieux étaient exposés dans une grande niche creusée dans son mur nord, avant leur ensevelissement. 

À la place de la niche, on trouve désormais une pietà bourguignonne en pierre calcaire, datant du 15e siècle et abîmée durant la Révolution.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Dans la tradition chrétienne, alpha et oméga sont les première et dernière lettre dans l’alphabet grec classique.

Appliquées à Dieu ou au Christ, elles signifient qu’ils sont principe et fin de toute chose. Dans le Livre de l’Apocalypse, Dieu se présente comme l’alpha et l’oméga, c’est-à-dire « il est, il était et il vient, le Tout Puissant ». Au chapitre 22 Jésus est présenté comme « le Premier et le Dernier ». 

C'est la raison pour laquelle on trouve ces deux lettres sur le socle de la croix dans la chapelle. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Dans l'ancien ossuaire, l'administration pénitentiaire installa au 19e siècle une grande roue de carrier destinée à monter des charges.

Elle était actionnée par 6 prisonniers qui, en marchant à l'intérieur, la faisait tourner pour enrouler la corde de levage. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La corde était attachée à un berceau à rouleaux pour le hisser le long d'un poulain, une sorte d'échelle de pierre, inclinée le long du rocher. 

Au Moyen-Âge, une roue identique servait sur le versant nord à approvisionner le cellier.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Un monte-charge existe toujours mais dans une version moderne, avec élévateur. De plus, pour l'approvisionnement des matériaux nécessaires à la restauration, on voit passer des hélicoptères. 

La visite continue dans une cheminement sombre. Il est difficile d'imaginer comment les lieux pouvaient être suffisamment chauffés ou éclairés. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

L'éblouissement n'en est que plus grand lorsqu'enfin une porte s'ouvre pour découvrir le cloître. 

Commencé par Thomas des Chambres et terminé en 1228, par Raoul de Villedieu, c'est une oeuvre unique par l'intérêt de sa structure.

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Le génie des concepteurs du cloître tient dans la disposition des colonettes en granitelle placées en quinconce et formant ainsi une suite de trépieds soutenant ainsi plus aisément le poids de la voute. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La pierre de Caen des arcades a permis la réalisation d'un riche décor sculpté aux feuillages décoratifs pour la plupart

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
La galerie nord offre une vue sur la mer
La galerie nord offre une vue sur la mer

La galerie nord offre une vue sur la mer

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
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Le réfectoire a une capacité de 200 personnes. 

Le plafond de forme ronde en chêne local est typique des églises du 12e siècle et très similaire à la plupart des abbayes normandes comme à Honfleur et Bernay, ou Canterbury et Winchester en Angleterre. 

Cette tradition vient des charpentiers vikings qui fabriquent des navires. Lorsque les envahisseurs du nord se sont installés autour des 9e et 10e siècles, leurs bateaux sont devenus le toit de leurs maisons puis de leurs églises après leur conversion à la foi chrétienne.

De plus, un toit en bois, beaucoup plus léger qu'un toit en pierre, pèse beaucoup moins sur la structure. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

Le scriptorium était une salle utilisée par les moines pour produire leurs livres, manuscrits de théologie, philosophie, mathématiques, histoire... Dans cette salle, non seulement ils écrivaient et étudiaient, mais travaillaient également comme chimistes et artisans, fabriquant le papier, les encres, les couvertures, et préparant les plumes et outils.

Avant la production de papier en France vers le 13e siècle, les supports d'écriture étaient la peau de porc, de mouton ou de veau. Le coût de production des livres en réservaient la diffusion uniquement à l'élite financière. 

L'abbaye doit le surnom de « Cité des livres » à la richesse et à la diversité des textes, tant sacrés que profanes, et à l'ouverture de la bibliothèque aux mouvements de pensée de son temps. Saint Augustin y côtoie Aristote et Abélard.

Les 199 manuscrits survivants de la bibliothèque médiévale, transcrits sur parchemin, témoignent d'une incessante activité spirituelle, intellectuelle et artistique.

Le scriptorium montois a produit lui-même une soixantaine de manuscrits, surtout à l'époque romane. C'est au 11e siècle que l'art du livre atteint la perfection : les copistes et les artistes donnent naissance à des créations originales, dans le style des scriptoria normands : écriture « enluminée », initiales au décor varié, peintures à pleine page exceptionnelles. 

A Avranches, au musée "Le Scriptorial", on peut voir les vestiges des livres du Moyen Âge rassemblés par les moines bénédictins de l'abbaye du Mont-Saint-Michel. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'allonger mon séjour pour m'y rendre. 

Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs
Mont Saint-Michel  - Seconde partie : les profondeurs

La visite du Mont Saint-Michel est aussi athlétique qu'esthétique. Il vaut donc mieux avoir le pied sûr et le coeur bien accroché.  Elle mérite néanmoins le déplacement.

En revanche, la rue principale qui n'est qu'une galerie commerciale et les repas sont un désastre. Moules-frites et crêpes sont l'offre majoritaire et le soir, il n'y a que deux ou trois restaurants qui ne prennent pas les réservations et dont les tarifs sont exorbitants pour des assiettes décevantes, loin de ce que j'espérais être de la gastronomie normande. 

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