Le mont pourrait être un lieu sacré depuis le Néolithique car l'archéologue allemand Stefan Maeder a récemment élucidé le mystère d'un rocher, situé en plein cœur du Mont, percé d'un trou et de petites cuvettes tout autour, appelées cupules. Il s'agit d'une carte du ciel polaire, datant d'environ 8000 ans.
Le rocher relié symboliquement à l’étoile polaire, seul point fixe dans le ciel étoilé, est considéré par certains comme une porte vers l’au-delà
Dans le texte de la Révélation au 9e siècle, qui raconte la fondation du Mont, on dit que saint Aubert s'est assis sur une pierre pour contempler son œuvre, et qu'on voit la pierre marquée comme par un doigt, par un trou.
Curieusement, selon la légende, Aubert aurait lui-même eu la boîte crânienne marqué par le doigt de l'archange Michel lors de sa troisième apparition sommant l'évêque de construire un sanctuaire sur le mont.
Après la deuxième vision nocturne qui confirme le premier songe, Aubert avait demandé un signe pour être sûr de la volonté de l’archange car il craignait d'être trompé par le démon pour céder au péché d'orgueil
En guise de réponse, saint Michel aurait appuyé son doigt sur le crâne du prélat d’une façon autoritaire et exigé la présence d’Aubert sur le chantier jusqu’à sa fin.
En 2019, des études ont confirmé que le crâne appartenant à un Mérovingien d’environ 60 ans ayant vécu entre 660 et 770. La perforation crânienne pourrait être due à un kyste épidermoïde, une affection bénigne formant une bosse du vivant du malade.
Pour la dédicace du sanctuaire, des clercs d’Avranches se rendirent au Mont-Gargano, en Italie, pour obtenir de l’abbé des reliques de l’archange : un morceau de manteau rouge qui aurait été laissé sur l’autel et un fragment du rocher où serait apparue l’empreinte de son pied.
Le Mont-Tombe (de "tumulus") prendra alors le nom de « Mont-Saint-Michel au péril de la mer » car la traversée à pied pouvait être dangereuse pour ceux venus rendre un culte à l’archange.
Les ossements d'Aubert auraient été retrouvés par les bénédictins qui avaient pris possession du lieu en 965, attribuant le trou sur le crâne à la marque de l’archange. Sans doute saint Michel avait-il appuyé sur la tête d’Aubert un peu trop fort..
Au fil des siècles, l’édifice s’agrandit et se transforme, devenant un important lieu de pèlerinage et un symbole de la chrétienté médiévale.
Le départ de la visite-conférence est sur la terrasse ouest, avec une longue introduction alors que le vent froid est si violent que j'ai eu de la peine à photographier la façade et les alentours !
En 966, le duc Richard Ier de Normandie installa des moines bénédictins sur le Mont. Dès l’installation des moines et la construction de l’abbatiale romane commencée selon la tradition en 1023, le Mont devient un lieu de pèlerinage incontournable dans tout l’Occident chrétien. Ils viennent demander protection et salut de leur âme à Saint Michel.
En parallèle, l’abbaye commence à produire, conserver et étudier un grand nombre de manuscrits. Elle devient alors un centre majeur de la culture durant le Moyen Âge.
La conférencière était très compétente mais je ne vous réciterai tous les détails des mille ans de construction.
J'ai trouvé intéressant son explication de ce qui a fait du Mont Saint-Michel un lieu de pélerinage stupéfiant pour les premiers pélerins : d'une part, de la côte, le mont à marée haute ressemblait au mont Ararat après le déluge, où Noé trouva refuge. Ensuite, à marée basse, l'eau refluait en laissant le passage, comme la mer devant Moïse.
De plus, suspendu entre terre et ciel, le mont évoquait la "Jérusalem céleste".
J'ai appris que, pour les chrétiens, l'archange Michel est le juge des âmes (je croyais que c'était saint Pierre).
C'est ce qui rend son culte particulièrement important pour les croyants voulant se purifier.
Sur les 3 millions de personnes qui visitent le mont Saint-Michel, chaque année, il y aurait environ 200 000 pélerins.
L'ironie de la chose est que pendant longtemps, l'accès au mont était particulièrement dangereux : il fallait choisir le bon moment pour ne pas être noyé par la marée, enlisé dans les sables mouvants ou tué par la foudre.
Il valait mieux mourir en revenant du pélerinage, dûment purifié, qu'en y allant !
Point stratégique sur un plan géographique, l’abbaye était aussi une forteresse du duché de Normandie au cours du Moyen Âge. Pendant la guerre de Cent Ans, le Mont-Saint-Michel résista grâce à de puissants remparts mais aussi grâce au va-et-vient incessant des marées.
Véritable carrefour politique et intellectuel, l’abbaye du Mont-Saint-Michel accueille des pèlerins de toutes conditions, y compris plusieurs rois de France et d’Angleterre, tels que Henri II Plantagenêt, Saint Louis, Louis XI, Anne de Bretagne, François Ier…
En 1421, le chœur roman de l’église s'était effondré et ne fut totalement reconstruit qu’un siècle plus tard dans l’élan de l’art gothique flamboyant.
Le Mont Saint-Michel subit un siège anglais à partir de 1423 et en sortit victorieux en 1434, devenant alors un symbole de victoire pour le royaume de France.
Au 17e siècle, les pèlerinages s’essoufflèrent. Néanmoins, les moines durent faire face à l’arrivée de prisonniers écroués par lettres de cachet. L'abbaye est alors surnommée la Bastille des Mers. Lors de la Révolution Française, l’État nationalise les biens du clergé et les moines sont chassés.
Devenue « maison centrale » au 19e siècle, l’abbaye vit la plupart de ses espaces réaménagés pour recevoir un plus grand nombre de prisonniers de droits communs et autres prisonniers politiques.
Cette période carcérale, bien que sombre, a contribué à sauvegarder l’abbaye d’une destruction complète.
Lorsque la prison ferma définitivement ses portes en 1863, l’abbaye était totalement délabrée. Au même moment, le concept de patrimoine voyait le jour et l 'abbaye fut classée au titre des Monuments Historiques en 1874.
À partir de là, des travaux de restauration furent lancés et les abords du Mont-Saint-Michel aménagés afin de recevoir les premiers touristes de son histoire.
À la suite de la célébration du millénaire monastique en 1965-1966, une petite communauté de moines bénédictins revint s’installer à l’abbaye en 1969. En 2001, elle a été remplacée par les Fraternités monastiques de Jérusalem, soit une douzaine de moines et moniales résidant sur place pour assurer les offices quotidiens.
Je ne suis pas en pélerinage de purification mais, après avoir été récurée par le vent sur la terrasse, j'apprécie l'abri de l'abbaye haute.
Celle-ci, au sommet du mont, est accessible à tout le public tandis ques parties basses qui ne se découvrent qu'en visite guidée.
La gestion du site est assurée par le Centre des monuments nationaux, en collaboration avec l’Établissement public du Mont Saint-Michel. On y organise des événements culturels, comme des concerts de musique baroque ou des expositions.
Cette gestion vise à concilier la préservation du patrimoine, l’accueil des visiteurs et le respect de la dimension spirituelle du lieu.
De fait, j'ai été étonnée car l'abbaye semble nue : pas de mobilier, de chapelles latérales ni de vitraux colorés. A part les messes quotidiennes, il n'y a pas de culte à base de cierges ou d'ex-voto.
La nef romane contraste avec le chœur gothique, et les vitraux pâles inondent l'espace de lumière.
A l'origine, l'intérieur était entièrement peint et les vitraux colorés, contrairement aux abbayes cisterciennes. Après les destructions diverses, la restauration entreprise en 2010 a opté pour des vitraux neutres en attendant le choix des couleurs.
Le retable d'albâtre qui suit figure les scènes traditionnelles de la Passion du Christ.
D'aspect proche du marbre, l'albâtre est un matériau tendre qui se prête à la sculpture et sa surface lisse peut accueillir couleurs et dorures.
Les principaux gisements se trouvent dans le centre de l'Angleterre, autour des villes de Nottingham et de York, de nombreux ateliers exploitant ces filons du milieu du 14e siècle jusqu'à la Réforme anglicane d'Henry VIII, au milieu du 16e siècle.
À ce moment, les sculptures menacées de destruction quittent l'Angleterre pour la France, et en particulier la Normandie.
Les deux bas-reliefs suivants proviennent de l'ancienne clôture de chœur.
Le premier illustre simultanement deux épisodes : d'une part la tentation, d'autre part l'expulsion. Au fil du temps, le serpent tentateur qui tend la pomme à Ève se transforme en un serpent à tête de femme puis, à la Renaissance, comme ici, en un petit faune au front encorné.
Saint Michel armé de son épée chasse le couple qui prend alors conscience de sa nudité, une rare occasion pour les artistes, surtout à l'époque médiévale, de s'attacher à la représentation du corps.
La seconde scène contrebalance la sanction du péché originel par la grâce accordée. À sa mort, le Christ reste trois jours enfermé dans sa tombe. Durant ce laps de temps, avant la Résurrection, il descend aux limbes, une sorte d'espace frontière entre le paradis et l'enfer, chercher les Justes non baptisés ainsi que le couple maudit.
Armé de la croix de résurrection, le Christ Foule aux pieds les portes de l'enfer qui, brisées, écrasent Satan dont on aperçoit la tête noir et rouge.
La polychromie laisse imaginer le rôle joué par ces représentations et ce goût des diableries entretenu par la tradition théatrale des mystères joués sur le parvis des cathédrales.
Il est temps, à présent, de visiter la partie basse du mont, celle qui a été couverte par l'abbaye haute.
Ce sera l'objet de mon article suivant.
/image%2F0569187%2F20210206%2Fob_9f3b61_grenouille.png)
/image%2F0569187%2F20260417%2Fob_4375fc_rocher.jpg)
/image%2F0569187%2F20260417%2Fob_daf15a_le-trou-2.jpg)

/image%2F0569187%2F20260417%2Fob_6cdc1b_img-9443-2.jpg)
/https%3A%2F%2Fmontsaintmichel.gouv.fr%2Fmedias%2Fmont-de-nuit-3049.jpg)