Le château de Neuschwanstein est situé sur un éperon rocheux haut de 200 mètres, en Bavière, à proximité de la frontière autrichienne.
Construit sur ordre du roi Louis II de Bavière entre 1869 et 1886, c'est aujourd'hui le château le plus célèbre d'Allemagne, visité chaque année par plus d'un million de touristes.
Le château n’a reçu son nom de Neuschwanstein, littéralement "Nouvelle pierre du cygne", qu’après la mort du roi qui, lui, l’appelait simplement Neue Burg Hohenschwangau soit "Nouveau château de Hohenschwangau".
Le roi aimait autant la modernité que les mythes et fit installer les équipements les plus modernes de l’époque : eau courante chaude et froide, toilettes à chasse d’eau et même un téléphone.
Lors de la réservation obligatoire en ligne, le site indiquait 30 à 40 mn de montée à pied, du village à la porte du château. Ailleurs, j'ai vu qu'il y a 1,4 km et 140 m de dénivelé.
Les instructions d'entrée étaient catégoriques : tout retard annulerait l'entrée attribuée à 13h30 précises.
Seulement, par suite d'un méli-mélo avec le bus de Füssen, nous sommes arrivées à la station de Hohenschwangau à 13h10...
L'accès n'est pas clairement indiqué, si ce n'est qu'il y a une route goudronnée qui serpente en montant.
Elle m'a paru être un long trajet donc j'ai voulu vérifier avec un vieil homme du cru.
Comme je ne parle pas allemand, ça a donné "Nach schloss ?" en mimant la marche avec l'index et le majeur. Heureusement, il doit être coutumier du fait et m'a montré un chemin boisé qui m'a paru être un raccourci.
Je suis partie comme une fusée, portée par l'adrénaline, tandis que Kristen préférait aborder la pente plus tranquillement.
Le souffle court mais résolue, maudissant l'absence de fléchage dans les bois, j'ai avancé obstinément, refusant l'idée qu'on puisse me refuser l'entrée.
A 13 h 36, j'étais à l'entrée, brandissant mon billet et un garde m'a orientée vers le guichet où, ruisselant de sueur, j'ai plaidé ma cause.
Avec un air de grande magnanimité, l'employée a consulté son ordinateur et daigné me donner une entrée pour 13 h 55.
Le filtrage est au cordeau : un écran affiche des créneaux par tranche de 5 mn et le tourniquet ne s'ouvre que sur présentation d'un code QR.
Le garde-aboyeur s'assure que les visiteurs fassent la queue pour la bonne heure.
Pendant que j'attendais, Kristen m'a envoyé un message me disant qu'elle progressait dans la montée.
Par chance, elle a aussi obtenu un échange, pour une entrée 5 mn après la mienne donc nous nous sommes retrouvées à la sortie.
Un long escalier mène à une galerie où sont distribués des audio-guides. Comme je déteste ça, j'ai voulu refuser mais c'était une condition à l'entrée ! Je suppose que ça doit aussi servir à localiser/compter les visiteurs.
Le plus inepte, c'est qu'on ne circule pas librement : il faut suivre un guide qui indique quand activer l'appareil, à mesure qu'il fait avancer les visiteurs en libérant le passage barré par un cordon rouge.
Pour comprendre le château, il faut se pencher sur la personnalité de son créateur, un homme sensible et excentrique.
Louis II était un rêveur solitaire qui s'évadait dans un monde fantastique inspiré de la mythologie romantique allemande et des œuvres du compositeur Richard Wagner qu'il vénérait.
Louis II de Bavière en uniforme de général avec la cape du couronnement - Ferdinand von Piloty, 1865
II avait accédé au trône à l'âge de 18 ans, bien accueilli par les Bavarois. Cependant, négligeant les devoirs de sa fonction, il vécut de plus en plus reclus, enchaînant les projets de construction de châteaux, pavillons ou chapelles.
À partir de 1875, le roi vivait la nuit, faisant des promenades en traîneau, parfois vêtu de costumes historiques, tout comme les valets qui l'accompagnaient.
Confrontés aux dépenses exorbitantes du souverain, les gouvernements bavarois successifs, cherchèrent à l'évincer du pouvoir.
En juin 1886, il fut déclaré fou après un coup d'État qui le remplaça par son oncle Luitpold. Interné au château de Berg, au sud de Munich, il mourut le lendemain lors d'une promenade au bord du lac. La cause de sa mort reste inconnue.
Le château de Neuschwanstein était son grand rêve :
« J’ai l’intention de reconstruire les ruines de l’ancien château de Hohenschwangau, près des gorges de la Pollat, dans le style authentique des anciens châteaux des chevaliers allemands… L’emplacement est le plus beau qu’on puisse trouver, sacré et inaccessible, un temple digne de l’ami divin qui a apporté le salut et la véritable bénédiction au monde. »
Il eut l'idée de mélanger deux styles architecturaux après avoir visité le château de Pierrefonds de style néogothique, et le château de la Wartbourg (Thuringe) de style néo-roman.
Depuis des siècles, aucun château semblable à Neuschwanstein n'avait été bâti en Europe, mais cela n'arrêta pas Louis II. Ce devait être un écrin grandiose pour les opéras de son « ami divin », Wagner.
Louis II souhaitait partager le château avec le compositeur, et certains pensent que l'amour du roi, bien que jamais réciproque, dépassait le simple cadre platonique.
La construction de Neuschwanstein commença en 1869 et se poursuivit jusqu'à la mort mystérieuse de Louis II en 1886. Il n'y avait passé que 170 jours.
Les imposants murs de calcaire du château ne sont qu'une façade ; le cœur du château est en briques. Il comporte environ 200 pièces d'une superficie totale de 6000 m², dont quinze sont aménagées.
La plupart des 14 pièces achevées avant la mort du roi regorgent de peintures murales inspirées de la mythologie allemande que Wagner avait transposée en sagas lyriques. On y retrouve notamment les chevaliers Lohengrin et Parsifal, le poète Tannhäuser et les amants tragiques Tristan et Iseult.
Les cygnes constituent un autre leitmotiv de décoration. Louis était parfois surnommé le "roi des cygnes", cet oiseau aquatique étant un autre élément récurrent dans les sagas wagnériennes des chevaliers du Graal.
De la galerie, on peut photographier la cour mais une fois la visite commencée, les prises de vue sont interdites. Toutes les images de l'intérieur que vous verrez ici proviennent soit du site institutionnel soit de professionnels dûment crédités.
On entre par le parvis inférieur où une série de peintures murales montre la légende de Sigurd qui tient son origine dans l'Edda scandinave, recueil de légendes, de chansons et de proverbes.
La légende de Sigurd correspond à la légende de Siegfried dans la Chanson médiévale des Nibelungen.
Des portails de marbre mènent à la salle du trône du côté ouest et aux appartements royaux qui se trouvent en face.
La Salle du Trône, avec son lustre haut de quatre mètres, s'étend sur les troisième et quatrième étages et sur toute la partie ouest du palais. Outre les églises byzantines, c'est surtout la Allerheiligenhofkirche (église de la Toussaint) de Munich qui a servi de modèle.
L'union d'une église et d'une salle du trône démontre que le roi, plus qu'un souverain, se voyait comme un médiateur entre Dieu et le monde entier. Le lieu n'était pas prévue pour les cérémonies officielles. Le trône manque car il était encore encore en commande à la mort du roi.
Cette idée se retrouve dans la coupole décorée d'étoiles et la mosaïque du sol qu'elle enjambe, qui représente la terre avec sa végétation et sa faune. Sous la voûte de la coupole, on peut voir des représentants de royaumes d'avant l'ère chrétienne.
Les tableaux de l'abside montrent Jésus-Christ, les douze apôtres et six rois saints, les peintures murales, les exploits de rois et autres saints.
L'impression est curieuse : c'est fastueux, soigné et chargé mais je n'ai pas senti l'âme des vrais lieux médiévaux et byzantins.
C'est impossible à expliquer, mais j'ai eu le sentiment de traverser des décors de théâtre, sans émotion.
On accède aux pièces d'habitation et de travail du roi Louis II par l'antichambre lambrissée de chêne. L'antichambre disposait dès 1885 d'un système de sonnerie électrique, par lequel le domestique de service pouvait être appelé de toutes les pièces.
Les peintures murales de la salle à manger montrent des scènes avec Wolfram von Eschenbach et autres troubadours, encadrées d'un lambris en chêne avec une fresque en relief.
Comme dans toutes les pièces d'habitation du roi, les tissus sont richement travaillés.
La chambre à coucher du roi, comme dans tous les châteaux de Louis II, est très richement décorée. La légende de Tristan et Iseult est le motif principal.
A côté des peintures murales, les sculptures des portes et les figurines en terre cuite de la cheminée, représentent aussi ces deux personnages.
Le lit d'apparat de style néogothique et les housses des sièges sont en soie bleue, brodée et garnie de lions, de cygnes, d'armoiries à losanges, de couronnes et de lys. La table de toilette est particulièrement originale: le robinet a la forme d'une cygne argenté. De petits cygnes décorent aussi la garniture de toilette, composée d'un broc, de récipients pour l'éponge et le savon, d'Eduard Wollenweber.
La chapelle adjacente à la chambre à coucher est aussi de style néogothique. Les tableaux muraux, les vitraux et le tableau central de l'autel se rapportent au roi de France, Saint Louis IX, patron du roi.
Louis II avait encore d'autres relations avec la dynastie des Bourbons car Louis XVI, un descendant direct de Louis IX était le parrain de son grand-père Louis I.
La peinture du plafond de la chambre d'habillage montre une tonnelle où grimpe une vigne et ouverte vers le ciel, comme on les trouvait aussi dans les décorations des pavillons de jardin du 18e siècle.
Les peintures murales entre les lambris représentent des scènes de la vie et des poèmes de Walther von der Vogelweide et de Hans Sachs. Au dessus de l'arche de l'entrée de l'oriel se trouve des portraits en buste des deux poètes.
Les housses des sièges et les rideaux sont en soie violette et décorés de broderies d'or. Dans l'oriel se trouve la grosse boîte à bijoux du roi.
Dans la salle de séjour en L, une alcôve pour s'asseoir est séparée du reste de la pièce par des colonnes.
La grande armoire en chêne est décorée avec des scènes d'oeuvres poétiques médiévales, selon un modèle du château de la Wartbourg.
Les tableaux de la pièce représentent la légende de Lohengrin, que Louis, en raison du thème du chevalier du Graal et de l'emblème du cygne, aimait particulièrement.
Le cygne était aussi l'animal héraldique de Louis II en tant que seigneur de Schwangau. Comme dans la chambre à coucher, les tissus sont en soie bleue brodée de cygnes et de lys.
Entre la salle de séjour et le cabinet de travail se trouve une pièce insolite. Le décorateur de théâtre August Dirigl réalisa une petite grotte artificielle, qui pouvait être éclairée de différentes couleurs et qui à l'origine, possédait une cascade. Elle devait rappeler la montagne Hörselberg de la légende de Tannhäuser.
De la grotte, par une porte à glissière vitrée s'escamotant dans le rocher, on pouvait rejoindre un jardin d'hiver. Soit il a disparu, soit il est protégé, mais on ne peut pas le visiter.
Dans le cabinet de travail, les peintures murales représentent la légende de Tannhäuser. Comme dans l'opéra de Wagner, elle est liée au tournoi des chanteurs au château de la Wartbourg.
Le roi travaillait à la grande table au milieu de la pièce, sur laquelle se trouve encore une garniture d'écriture. Dans l'armoire se trouvaient les plans et les ébauches du château de Neuschwanstein. Les poutres et les consoles du plafond sont richement sculptées.
L'antichambre, ou chambre des officiers d'ordonnance, lambrissée de chêne, contient non seulement une table, des chaises et un poêle en faïence, mais aussi un lit pour les veilles nocturnes.
Du parvis au quatrième étage on rejoint par un portail en marbre à l'ouest, la galerie de la salle du trône, et par deux portails, également en marbre, à l'est, la salle des chanteurs.
Les peintures murales illustrent la légende de Gudrun de l'Edda scandinave, suite de la légende de Sigurd.
La salle des chanteurs était un des projets préférés du roi et à côté de la salle du trône, la pièce la plus importante du château. Elle s'étend sur tout le quatrième étage de la partie est du palais.
Deux pièces historiques du château de la Wartbourg, la salle des fêtes et la salle des chanteurs, s'y réunissent en une seule pièce.
Les peintures de la salle illustrent la légende de Parsifal et du Saint Graal. La tonnelle, qui ressemble à une scène de théâtre, est décorée par un paysage de forêt, la forêt sainte autour du château du Graal. Le fils de Parsifal est le "Chevalier du cygne" Lohengrin avec lequel la série de peintures se termine. Le haut plafond à cassettes montre les signes du zodiaque.
Il n'y eut jamais dans cette salle ni banquets ni représentations musicales. Louis II en fit un monument à la culture chevaleresque et au monde des légendes médiévales. Depuis sa jeunesse le roi s'identifiait aux personnages de Tannhäuser, Parsifal et Lohengrin.
Sur la longueur nord se trouve une estrade. Les consoles représentent Flayetanis et Kyot, auteur et traducteur de la légende du Graal. Le mur de soutènement de l'estrade cache un couloir, dont le plafond à cassettes colorées porte des rubans avec les noms des troubadours.
Sur le mur d'en face, du côté fenêtres, les consoles sculptées au plafond portent des ornements figuratifs et symboliques; ils se rapportent à la légende de Parsifal. On y voit par exemple un Lucifer ailé qui en tombant, perd une pierre précieuse de sa couronne de laquelle naîtra plus tard le Saint Graal.
La cuisine était pour l'époque équipée des techniques les plus modernes. Une grosse cuisinière et un buffet, un grand et un petit four à broche, un four à grillade intégré avec un dispositif pour chauffer les assiettes, un four, un mortier et un bassin à poissons font partie de l'équipement.
Pour finir, il y a l'office avec un placard à vaisselle encastré ; une loge vitrée pour le chef de cuisine ; et la cuisine à laver la vaisselle.
A la fin de la visite qui ne dure que 35 minutes, on traverse la pièce avec la maquette, quelques décorations et bien sûr la boutique de souvenirs.
On sort par le côté et de là j'ai pu prendre le temps de photographier le paysage environnant.
Kristen m'a rejointe pour redescendre au village, cette fois en flânant tranquillement.
Puisque c'était l'heure du goûter, j'ai décidé de goûter la spécialité sucrée de la région : le kaiserschmarren, c'est-à-dire "la crêpe de l'empereur".
Le nom schmarren est austro-bavarois désignant des plats ruraux simples à base de pâte fourrée avec des fruits (cerises, mirabelles, pommes, noix…).
Dans les livres de recettes anciens, les schmarren apparaissent dans les plats en-dehors des desserts, car ils peuvent être salés. Même sucrés, ils sont évoqués hors les pâtisseries et gâteaux. Ceci illustre la difficulté culturelle des Autrichiens à rendre en français le fait qu'ils mangent pour tout repas une soupe suivie d'un plat qui ressemble à un dessert,
Le kaiserschmarren est plus raffiné qu'une crêpe car, pour la pâte, les oeufs sont battus en neige. Sa souplesse empêchant de le retourner dans la poêle, on l'entaille pendant la cuisson pour que toutes les faces des morceaux puissent dorer. Il est amélioré de raisins de Corinthe et de sucre vanillé
Selon la légende, le pâtissier de la cour avait la charge de créer des desserts pauvres en calories pour l’impératrice Sissi. Sa nouvelle création à base de pâte à crêpes plus aérée n’eut pas le succès escompté auprès d'elle mais l’empereur François-Joseph Ier en raffola.
Le fait est que ce qu'on m'a servi était trop copieux mais succulent, plus léger en texture qu'une pâte à crêpes ou une omelette. Les raisins secs marinés étaient tendres et la compote de pommes était gourmande.
L'énorme assiette a largement rattrapé le déjeuner que nous n'avions pas eu, en plus d'être un goûter.
C'est beaucoup trop pour un dessert. Dans les restaurants, nous avons surtout trouvé des apfelstrudel, un petit chausson de pâte brisée fourré de pommes coupées en dés, cuites avec de la cannelle, du sucre et des raisins secs marinés.
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