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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie

Publié le 14 Janvier 2026 par Baronne Samedi in Exposition temporaire, Musée de l'Orangerie, Musée des Beaux-Arts

En 1901, Berthe Weill ouvrit une galerie dans le quartier de Pigalle. Elle choisit de s’engager aux côtés des artistes de son temps en contribuant à leur révélation puis à l’essor de leur carrière, malgré des moyens limités. Parmi eux, se trouvaient certains des plus grands noms des avant-gardes.

Elle contribua à vendre l’œuvre de Pablo Picasso avant même l’ouverture de sa galerie, organisa la seule exposition personnelle du vivant d’Amedeo Modigliani en 1917, et prit part à la reconnaissance du fauvisme.

Elle participa, auprès des cubistes et des artistes de l’École de Paris, à des batailles pour l’éclosion des nouvelles formes de l'art, sans préjugés de sexe ou d’école, mais ausi contre le conservatisme et la xénophobie.

Elle fut leur porte-voix et le soutien des artistes jusqu’à la fermeture de sa galerie en 1940, dans le contexte de la guerre et de la persécution des Juifs.

En 1951, à sa disparition, elle avait présenté plus de trois cents artistes aux quatre adresses successives de sa galerie.

Pourtant, la trajectoire de Berthe Weill, un temps presqu'effacée, n’est pas inscrite au firmament des marchands d’art, comme place Daniel-Henry Kahnweiler, Paul et Léonce Rosenberg, Ambroise Vollard et Paul Guillaume.

Cette exposition lui rend la place qu'elle mérite. 

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie

Berthe Weill est née le 20 novembre 1865 dans une modeste famille juive d’origine alsacienne. Placée très jeune en apprentissage, elle apprend le commerce des œuvres d’art et rencontre les protagonistes de la scène artistique parisienne, ainsi que des collectionneurs.

En 1896, grâce au soutien du réseau familial, Berthe Weill ouvre une boutique d’antiquités et d’objets d’art dans le quartier de Pigalle, alors épicentre du Paris nocturne. Cette adresse se trouve en bas de Montmartre, où beaucoup d’artistes d’avant-garde vivent et travaillent, souvent dans une grande précarité.

En 1898, au cœur de l’affaire Dreyfus, Weill expose en vitrine la grande toile Zola aux outrages d’Henry De Groux, ce qui lui vaut menaces et insultes.

Les débuts sont difficiles et la marchande négocie auprès de sa mère pour obtenir la somme destinée à sa dot afin de renflouer ses caisses.

Mémoires - ISBN : 9782841007936 Parution : 04/09/2025

Mémoires - ISBN : 9782841007936 Parution : 04/09/2025

En 1900, Pere Mañach, le fils d’un industriel catalan, établi comme marchand de tableaux à Paris, présente Berthe Weill à Picasso, tout juste arrivé de Barcelone.

Elle lui achète des œuvres dès ce moment et réalise une quinzaine de ventes, avant même l’exposition personnelle de Picasso à la galerie d’Ambroise Vollard l’année suivante.

En 1901, Berthe Weill quitte le domicile de ses parents et s’installe dans l’immeuble en fond de cour de sa boutique. Elle a alors trente-six ans et, aidée par Mañach, transforme son local qui devient la Galerie B. Weill. Son prénom n’est pas mentionné, sans doute pour masquer qu’elle est une femme.

Jusqu’à la fin de l’été 1902, Weill et Mañach conçoivent la programmation ensemble, alternant les expositions d’illustrateurs de presse et d’artistes émergents.

Berthe Weill réalise la première vente d’un tableau d’Henri Matisse dans sa galerie et rencontre Raoul Dufy dont elle devient l’amie.  Il est l'artiste le plus montré avec une exposition personnelle et 35 expositions collectives.

Pablo Picasso -  Nature morte  1901

Pablo Picasso - Nature morte 1901

Dès 1900, Weill est la toute première marchande de Picasso, suivie par Vollard, qui organise, un an plus tard, une exposition couronnéa de succès.

Elle compte parmi les fidèles lorsque, l'année suivante, elle est encore la première à révéler au public les nouvelles recherches du peintre, qualifiées par la suite de «période bleue», à laquelle appartient La Chambre bleue.

Malgré un accueil remarqué, aucune de ces œuvres n'est vendue.

Pablo Picasso - La Chambre bleue, 1901

Pablo Picasso - La Chambre bleue, 1901

Fabien Launay - Le Tournesol, 1902

Fabien Launay - Le Tournesol, 1902

Henri Matisse - Le Lit dit aussi Ma chambre à Ajaccio, 1898

Henri Matisse - Le Lit dit aussi Ma chambre à Ajaccio, 1898

«En avril 1902, je vends pour la première fois une peinture de Matisse» se souvient Berthe Weill dans ses Mémoires.

Elle souligne quelques lignes plus loin les débuts difficiles de l'artiste : « Henri Matisse, clerc de notaire, lâche tout pour la peinture, à l'exemple de Gauguin. C'est très dur, n'est-ce pas, Matisse ? [ ... ] Natures mortes de qualité, figures qui me stupéfient ; j'en pris quelques-unes pour essayer d'y intéresser les gens ».

Henri Matisse - Première nature morte orange, 1899

Henri Matisse - Première nature morte orange, 1899

Henri de Toulouse-Lautrec - La Clownesse Cha U-kao, 1895

Henri de Toulouse-Lautrec - La Clownesse Cha U-kao, 1895

Pablo Picasso  L'Hétaïre ou Courtisane au collier de gemmes, 1901

Pablo Picasso L'Hétaïre ou Courtisane au collier de gemmes, 1901

Pablo Picasso - La Fin du numéro, 1901

Pablo Picasso - La Fin du numéro, 1901

Pablo Picasso - La Mère, 1901

Pablo Picasso - La Mère, 1901

Odilon Redon - Le Prisonnier dit aussi Le Captif, vers 1880

Odilon Redon - Le Prisonnier dit aussi Le Captif, vers 1880

Jacqueline Marval - Minerve, 1900

Jacqueline Marval - Minerve, 1900

Leonetto Cappiello (imprimeur Vercasson - Odette Dulac, 1901

Leonetto Cappiello (imprimeur Vercasson - Odette Dulac, 1901

Jules-Alexandre Grün (imprimeur Chaix) - La Boîte à Fursy, 1899

Jules-Alexandre Grün (imprimeur Chaix) - La Boîte à Fursy, 1899

 Jean Metzinger - Champs de pavots, 1904

Jean Metzinger - Champs de pavots, 1904

Robert Delaunay - Paysage aux vaches, 1906

Robert Delaunay - Paysage aux vaches, 1906

Au printemps 1903, Berthe Weill loue la boutique adjacente à la sienne pour agrandir sa galerie. Seules les antiquités se vendent bien, lui permettant de continuer les expositions de jeunes artistes qui sont des échecs commerciaux.

La Galerie B. Weill prend une part dans la reconnaissance du fauvisme. En effet, dès 1902, elle présente régulièrement des expositions collectives qui rassemblent les différentes configurations du groupe, constitué de Maurice de Vlaminck, André Derain et Albert Marquet, et d’autres élèves de Gustave Moreau réunis autour d’Henri Matisse.  Guillaume Apollinaire visite régulièrement la galerie.

Au Salon d'Automne de 1905 la salle VII, qui réunit les toiles de Camoin, Derain, Manguin, Marquet, Matisse et Vlaminck, est jugée inacceptable par l’ensemble des critiques. On parle de «bariolages informes», de «brosses en délire»... Un buste placé au centre de la pièce fait alors écrire à Louis Vauxcelles : «C’est Donatello parmi les fauves». La formule plaît tellement que la salle est bientôt rebaptisée «la cage aux fauves». Par extension, les artistes y ayant exposé sont assimilés à cette expression et leur peinture est qualifiée de « fauviste ».

Berthe Weill associe régulièrement Matisse au groupe des fauvistes contre l'avis de Matisse qui refuse de l'accueillir dans son cercle.  

Maurice de Vlaminck - Le Restaurant de la Machine à Bougival, 1905

Maurice de Vlaminck - Le Restaurant de la Machine à Bougival, 1905

André Derain  - Pont de Charing Cross, vers 1906

André Derain - Pont de Charing Cross, vers 1906

Béla Czóbel - Nus de garçons dit aussi Garçons assis, 1907

Béla Czóbel - Nus de garçons dit aussi Garçons assis, 1907

Raoul de Mathan - Le Cirque, 1909

Raoul de Mathan - Le Cirque, 1909

Maurice de Vlaminck - Le Cultivateur, 1905

Maurice de Vlaminck - Le Cultivateur, 1905

Raoul Dufy - Paysage de Provence, 1905

Raoul Dufy - Paysage de Provence, 1905

Raoul Dufy - La Rue pavoisée, 1906

Raoul Dufy - La Rue pavoisée, 1906

Albert Marquet - La Petite Place au réverbère à Paris,  vers 1904

Albert Marquet - La Petite Place au réverbère à Paris, vers 1904

Kees Van Dongen - La Jarretière violette,  vers 1910

Kees Van Dongen - La Jarretière violette, vers 1910

Impressionnée par les peintures d'Émilie Charmy au Salon des indépendants de 1905, Berthe Weill décide de promouvoir ses oeuvres, louant l'indépendance d'une artiste qui ne fait partie «d'aucune chapelle».

Weill présente les œuvres de l'artiste pendant vingt-huit ans, au fil de trente expositions.

Cette rencontre marque le début d'une amitié qui unit les deux femmes jusqu'à la disparition de la marchande d'art. Elles s'épaulent et tissent des liens quasi familiaux. 

Émilie Charmy - Autoportrait, 1907

Émilie Charmy - Autoportrait, 1907

Charmy représente Weill, sa marchande et surtout son amie avec, comme attribut, une montre-bracelet, signe ostensible de son statut professionnel.

Le portrait, peu conventionnel, évoque les chemins inhabituels qu'elles ont toutes deux choisis, poursuivant des carrières passionnément indépendantes.  

Émilie Charmy - Portrait de Berthe Weill, 1914

Émilie Charmy - Portrait de Berthe Weill, 1914

Georges Kars - Dans le salon de peinture  1933

Georges Kars - Dans le salon de peinture 1933

Pierre Girieud - Portrait de l'artiste-peintre Emilie Charmy, 1908

Pierre Girieud - Portrait de l'artiste-peintre Emilie Charmy, 1908

Francis Smith - Projet d'enseignes pour la Galerie B. Weill,  vers 1934

Francis Smith - Projet d'enseignes pour la Galerie B. Weill, vers 1934

Le rôle joué par Berthe Weill dans la présentation des œuvres cubistes a presque été oublié, bien qu’elle ait accompagné dès leurs débuts beaucoup d’artistes dont la carrière a connu une période cubiste.

Elle contribue dans l’ombre à façonner une avant-garde qu’elle a des difficultés à faire apprécier dans le contexte de l’époque. Le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste. Lorsque le mouvement s’éparpille, peu avant la guerre, la marchande a montré presque tous les protagonistes du groupe.

En 1914, elle programme trois expositions personnelles consacrées à Jean Metzinger, Alfréd Réth et Diego Rivera. Elle porte ensuite ses efforts sur ceux que Georges Braque nommait les «cubisteurs» : André Lhote, Louis Marcoussis, Léopold Survage, Alice Halicka…

En 1915, bien que dans l’embarras financier, elle prépare des déjeuners à petit prix pour ses artistes dans le besoin. 

Albert Gleizes - Le Port (Marseille), 1912

Albert Gleizes - Le Port (Marseille), 1912

Alfréd Réth - Les Cyclamens, 1912

Alfréd Réth - Les Cyclamens, 1912

En 1914, lorsque Berthe Weill organise une exposition personnelle de peintures de Diego Rivera, elle affirme son intérêt pour le cubisme. C'est la première fois que l'œuvre du peintre mexicain arrivé en Europe en 1907 est montré à Paris.

Guillaume Apollinaire le remarque et le juge «pas du tout négligeable». Weill, au risque de minimiser le talent qu'elle promeut, rédige la préface du catalogue de l'exposition sous forme d'une tribune à l'humour acide sur le danger d'encenser trop tôt les artistes.

Diego Rivera - Tour Eiffel, 1914

Diego Rivera - Tour Eiffel, 1914

André Lhote - Le Port de Bordeaux, 1914

André Lhote - Le Port de Bordeaux, 1914

Louis Marcoussis  - Nature morte : le bocal aux poissons rouges, 1925

Louis Marcoussis - Nature morte : le bocal aux poissons rouges, 1925

Jean Metzinger - Nu debout , 1911

Jean Metzinger - Nu debout , 1911

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Odilon Redon - Étude de torse, 1911

Odilon Redon - Étude de torse, 1911

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Édouard Goerg - Portrait de Mademoiselle W (Berthe Weill), 1926

Édouard Goerg - Portrait de Mademoiselle W (Berthe Weill), 1926

Jules Pascin - Claudine au repos,1913

Jules Pascin - Claudine au repos,1913

Jules Pascin - Portrait de Mme Pascin (Hermine David), 1916

Jules Pascin - Portrait de Mme Pascin (Hermine David), 1916

Hermine David - Paris-Montparnasse, fin des années 1920 (pointe sèche)

Hermine David - Paris-Montparnasse, fin des années 1920 (pointe sèche)

Hermine David - Le Restaurant à Menton, 1927 (pointe sèche)

Hermine David - Le Restaurant à Menton, 1927 (pointe sèche)

Jules Pascin - Deux femmes couchées, 1927

Jules Pascin - Deux femmes couchées, 1927

Paul-Élie Gernez - Nature morte, 1921

Paul-Élie Gernez - Nature morte, 1921

Depuis 1925, Berthe Weill convie chaque année « ses » artistes à une exposition thématique. Ils y présentent une œuvre, exécutée pour l'occasion ou une plus ancienne.

En décembre 1931, celle consacrée à « La Joie de vivre » célèbre également les trente ans d'existence de la galerie. Dufy peint alors une des représentations hédonistes qui faisaient dire à Gertrude Stein : «Dufy, c'est le plaisir».

Le tableau témoigne également de l'amitié sincère entre la marchande et l'un des artistes qu'elle a le plus montrés.

Raoul Dufy - Trente ans ou la Vie en rose, 1931

Raoul Dufy - Trente ans ou la Vie en rose, 1931

En 1917, la galeriste s’endette auprès de son frère pour déménager son commerce dans le 9e arrondissement.

Elle écrit à ses artistes prisonniers en Allemagne pour soutenir leur moral. Elle organise, à l’instigation du poète d’origine polonaise Léopold Zborowski, la seule exposition personnelle consacrée à Amedeo Modigliani de son vivant.

Le 3 décembre, trente-deux œuvres, surtout des peintures, sont dévoilées. Quatre nus devenus emblématiques sont présentés. Leurs poils pubiens apparents causent un scandale.  Le commissaire du poste de police situé en face ordonne à la marchande d’«enlever toutes ces ordures !», exerçant sa censure pour «outrage à la pudeur».

L’échec commercial de l’exposition est cuisant malgré les cinq œuvres achetées par Weill pour soutenir Modigliani dont elle admire la peinture.

À partir de 1919, la Galerie B. Weill consacre une partie de son espace à la vente de livres puis déménage, l’année suivante, toujours dans le 9e arrondissement, dans un très grand espace.

Amedeo Modigliani - Nu au collier de corail, 1917

Amedeo Modigliani - Nu au collier de corail, 1917

Kees Van Dongen - La Femme au canapé, avant 1920

Kees Van Dongen - La Femme au canapé, avant 1920

Suzanne Valadon - Nu à la couverture rayée dit aussi Gilberte nue assise sur un lit,1922

Suzanne Valadon - Nu à la couverture rayée dit aussi Gilberte nue assise sur un lit,1922

La situation financière de Berthe Weill devient plus confortable. C’est ainsi qu’elle publie le premier Bulletin de la Galerie B. Weill en 1923 puis le journal de la galerie, Le Bousilleur.

En 1924, elle propose sa première exposition d’ensemble qui aura désormais lieu chaque fin d’année autour d’un thème. Près de 70 artistes participent à La première édition dont le sujet est « La Fleur ».

Suzanne Valadon - La chambre bleue, 1923

Suzanne Valadon - La chambre bleue, 1923

Berthe Weill (au centre) à Saint-Tropez en 1923, avec le couple d’artistes Francis et Yvonne Smith (née Mortier)

Berthe Weill (au centre) à Saint-Tropez en 1923, avec le couple d’artistes Francis et Yvonne Smith (née Mortier)

Georges Émile Capon - La Java, 1925

Georges Émile Capon - La Java, 1925

Au cours de l’année 1926, la Galerie B. Weill fête ses vingt-cinq ans), mais bientôt le krach de 1929 sonne le début de la grande dépression et Berthe Weill doit mettre sa collection personnelle en vente.

Alors que depuis le début du 20e siècle, des artistes du monde entier viennent chercher l’émulation et la reconnaissance à Paris, Berthe Weill rend visibles certains de ces talents qui cherchent à échapper aux discriminations ainsi qu’aux difficultés économiques. Ils sont natifs de toute l’Europe ou des États-Unis.

Sa curiosité la conduit à donner leur chance à des artistes, suivant son instinct, son œil et ses sympathies. Elle adopte une position engagée en participant, exposition après exposition, à la lutte contre les défenseurs d’un "bon goût français" aux résonances xénophobes et antisémites.

Elle s’intéresse à des personnalités n’appartenant à aucun courant précis. L’attention qu’elle porte aux jeunes artistes ne faiblit jamais, malgré les vicissitudes, et c’est ainsi qu’elle encourage, en organisant une ou plusieurs expositions, des figures aujourd’hui dans l’ombre ou parfois tombées dans l’oubli.

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie

En 1931, Weill célèbre les trente ans de la galerie avec un bal d’enfants, un bal costumé et’une exposition de près de cent artistes présentés depuis ses débuts.

Alors qu’elle doit remettre en vente sa collection personnelle, l’exposition « A Century of Progress » à Chicago en 1933 montre les œuvres que Carter Harrison IV, ancien maire de la ville, a acquises auprès de Berthe Weill, ainsi que des peintures des artistes de l’École de Paris qui proviennent de sa galerie.

Pour symboliser le renouveau, en 1934, Berthe Weill reprend la numérotation de ses Bulletins au numéro 1 lors de l’inauguration de la nouvelle adresse de la galerie dans le 7e arrondissement.

Bal masqué pour les trente ans de la Galerie B. Weill, 13 décembre 1931 - Marc Vaux

Bal masqué pour les trente ans de la Galerie B. Weill, 13 décembre 1931 - Marc Vaux

Seule marchande d'art figurant dans l'ensemble de portraits exécutés par César Abín, Berthe Weill est distinguée des autres effigies, presque toutes solitaires. par la compagnie d'André Derain, Pablo Picasso, Fernand Léger, Georges Braque et Marc Chagall. Ils l'entourent amicalement alors qu'elle est caricaturee en mère juive.

Le dessinateur livre un instantané de la scène artistique parisienne, un an avant la publication des souvenirs de Berthe Weill, écrivant tous deux la même histoire avec chacun sa propre irrévérence.

Le livre fut publié en 1932 sous le titre "Leurs figures. 56 portraits d'artistes, critiques et marchands d'aujourd'bui avec un commentaire de Maurice Raynal".

Un mur de l'exposition était consacré aux dessins mais leur disposition ne m'a pas permis de les photographier. Je n'ai pu saisir que ceux qui suivent. 

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie
Alfréd Réth - Forme dans l'espace, 1934

Alfréd Réth - Forme dans l'espace, 1934

Jeanne Kosnick-Kloss - Composition, 1934

Jeanne Kosnick-Kloss - Composition, 1934

Otto Freundlich est stigmatisé très tôt en Allemagne comme représentant de l'«art juif français». Ses œuvres sont montrées à la Galerie B. Weill en 1939, cependant que l'une de ses sculptures a été choisie deux ans auparavant par les nazis pour illustrer la couverture du catalogue de l'exposition d'«Art dégénéré » à Munich.

Freundlich est interné, des 1939, dans un camp pour les «ressortissants de puissances ennemies», puis déporté au camp d'extermination de Sobibór, où il est assassiné le 9 mars 1943.

Otto Freundlich - Composition, 1939

Otto Freundlich - Composition, 1939

Cependant, d’importantes difficultés financières entraînent vite la fin de leur publication et la programmation prend un virage vers l’abstraction. Berthe Weill s’attache à des artistes proches du groupe Cercle et Carré, puis de l’association Abstraction-Création.

Elle décide en 1939 d’exposer les œuvres d’Otto Freundlich et accompagne certains de ses cartons d’invitation de courts textes prophétiques sur la guerre qui approche et l’art comme seul salut pour l’humanité.

La dernière exposition identifiée de la galerie, consacrée à Odette des Garets, se déroule du 20 mai au 2 juin 1940.

En 1941, Berthe Weill se fracture le col du fémur ; elle est hospitalisée puis reste cloîtrée chez elle avant de partir dans une maison de repos. Elle place une amie à la tête de sa galerie afin de contourner la loi d’aryanisation du 20 octobre 1940 interdisant aux Juifs de tenir un commerce, avant que la Galerie B. Weill ferme définitivement.

Impotente et cachée,probablement dans l’atelier d’Émilie Charmy, Berthe Weill n’est pas arrêtée mais vit dans un grand dénuement. En 1946, une vente aux enchères est organisée pour la sortir de la misère. Elle regroupe plus dequatre-vingts œuvres offertes par des amis de longue date, artistes et galeristes concurrents.

Expo Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde - Musée de l'Orangerie

Weill peut prendre sa retraite alors qu’elle perd progressivement la vue. Elle est élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1948 et une exposition «Hommage à Berthe Weill» se tient à l’Akademia Duncan de Paris, en présence des peintres connus dont elle favorisa les débuts.

Berthe Weill meurt le 17 avril 1951 à son domicile, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

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