Après avoir visité l'exposition temporaire dédiée à Soulages, j'ai eu le temps de voir le reste du joli musée Fabre. Ses collections ont été constituées autour des saisies révolutionnaires et des envois de l’État sous le Consulat.
La donation de François-Xavier Fabre au profit de la ville en 1825 est composée d'un ensemble important de tableaux et de dessins du 16e au 19e siècle, majoritairement français et italiens.
Il donna cet ensemble à sa ville natale à la condition que celle-ci créât un musée public. Il en devint le premier directeur et y poursuivit une politique d'acquisition, avant de léguer le reste de sa collection personnelle à sa mort.
Le musée n'a cessé de s'enrichir au gré des acquisitions et donations, s'étendant à l'art contemporain. Le fonds comporte plus de 2 000 tableaux, 300 sculptures, 4 000 dessins, 1 500 gravures et nombreux d'objets d'art. Près de 1 000 œuvres sont exposées en rotation.
C'est un endroit bien agencé qui offre une visite très agréable. Voici ma sélection personnelle, qui inclut quelques grands noms...
Cette grande couronne de fleurs, peinte par Nicolaes van Veerendaelau au 17e siècle, a été complétée un siècle plus tard par Hubert Robert.
Le peintre a intégré au cœur du tableau une vue de la grotte de Pausilippe, près de Naples, sujet qu'il illustra à de nombreuses reprises, faisant ainsi de cette peinture une œuvre composite étonnante.
Guirlande de fleurs avec la grotte de Pausilippe - Nicolaes van Veerendael,17e s./Hubert Robert, 18e s.
La peinture suivante représente le saint originaire de Montpellier, invoqué contre les épidémies de peste. Elle est attribuée à l'un des derniers grands ateliers catalans actifs dans la tradition du gothique international.
Certains attributs du saint (nimbe, boucles métalliques) et les ornements du fond d'or sont traités suivant la technique dite de la « pastilla » (décor en relief).
L'archange Gabriel est souvent associé à la Vierge de l'Annonciation. Dans le retable du collège sévillan de Santo Tomas, il faisait pendant à un Saint André aujourd'hui au musée de Budapest.
Zurbarán se serait inspiré des adolescents costumés des traditionnelles processions de Séville.
Cette acquisition récente est l'oeuvre d'un des meilleurs caravagesque français. Originaire de Langres, il séjourna à Rome entre 1634 et 1645-47, avant de revenir dans sa ville natale.
Très influencé par Caravage, Manfredi et Vouet, il a peint un thème très caravagesque : un jeune naif veut connaître son avenir alors qu'il ne dépend que de Dieu. Cette impiété est punie, car il est volé par un comparse de la gitane.
En 1558, le grand duc Côme de Médicis confia à Baccio Bandinelli la réalisation à Florence d'une immense sculpture en marbre du dieu Neptune.
Les Médicis, qui venaient de s'emparer du port de Livourne, voulaient ainsi signifier les nouvelles ambitions maritimes de la Toscane.
Pour présenter son projet de statue, Bandinelli réalisa ce modèle en cire mais il décéda deux ans plus sans avoir achevé le projet. Finalement, ce fut Bartolomeo Ammannati qui réalisa la sculpture visible aujourd'hui à Florence.
Ce bronze s'inspire du célèbre groupe en marbre exécuté par Le Bernin à Rome en 1625. Preuves de son succès, de nombreuses répliques en bronze circulaient sur le marché de l'art parisien tout au long du 18e siècle.
Les plus beaux d'entre eux ont sans doute été réalisés par François Girardon, sculpteur de Louis XIV, qui en possédait une réduction en cire, qu'il utilisa sans doute pour en tirer des sculpture en bronze.
Apollon et Daphné - attribué à François Girardon, d'après Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin, fonte vers 1700
Jeanne Bécu, devenue comtesse du Barry, fut l'ultime maîtresse de Louis XV, et réveilla chez le vieux roi une ardeur qu'il croyait avoir perdue.
La favorite comprit vite le rôle du portrait pour pérenniser son image à la cour, et choisit Drouais, l'ancien portraitiste de madame de Pompadour.
Le tableau, peint dans une subtile gamme nacrée délicatement relevée par le rose des joues et des fleurs, exprime la sensualité de madame du Barry, nue sous une gaze transparente.
S'écartant des images habituelles de l'Hiver (un vieillard barbu soufflant le givre) Houdon représente la saison sous les traits sensuels d'une jeune fille dévêtue.
La sensation d'un froid hivernal est ici exprimée par le simple contraste du traitement lisse des chairs et la rugosité de l'étoffe qui souligne la nudité du modèle. En bas, on retrouve un vase à l'antique, brisé par le gel.
De même que pour son pendant L'Hiver, Houdon prend des libertés avec l'iconographie traditionnelle pour représenter l'été.
De Cérès, il conserve la gerbe de blé mais y associe un anachronique arrosoir qui transforme la déesse en aimable jardinière.
L'étude du modèle vivant est un exercice majeur pour les artistes de la seconde moitié du 18e siècle. Vien le rendit obligatoire lorsqu'il assuma la direction de l'Académie de France à Rome de 1775 à 1781.
Les têtes de vieillards étaient particulièrement appréciées par les artistes : les rides du visage favorisaient l'étude des expressions, tandis que la chevelure et les barbes abondantes offraient de beaux prétextes virtuosité picturale.
Avant même son voyage au Maroc, Delacroix réalisa ce portrait d'une jeune créole, avec qui il entretenait une relation intime.
Le tableau resta dans l'atelier de l'artiste jusqu'à sa mort.
Jeune femme ingénue évoquée dans Les Orientales de Victor Hugo, Albaydé devient ici une femme fatale, esclave prisonnière du jardin d'un harem.
Cabanel privilégie une description minutieuse où l'expression absente et la blancheur maladive évoquent l'amour déchu et la jeunesse corrompue.
Les yeux lourds, comme sous l'effet d'un narcotique, de même que les fleurs au coloris subtil, donnent l'image d'une femme à la fois séduisante et vénéneuse.
Après son séjour à la Villa Médicis, Cabanel séjourne pendant l'été 1851 à Montpellier, sa ville natale, avant de démarrer sa brillante carrière parisienne. Il peint les portraits de personnalités, dont Louise Marès, mère et fille.
La jeune fille de 21 ans baigne dans la lumière éclatante du midi. L'artiste dote son modèle d'un regard mystérieux, qui évoque l'Albaydé peinte pour Alfred Bruyas.
Figure majeure de la vie culturelle montpelliéraine, Louise Marès tient dans les années 1840 un salon artistique et littéraire que fréquente Cabanel. Elle préside également le Cercle philharmonique de Montpellier et elle est membre fondatrice de la Société artistique de l'Hérault.
Cabanel la peint durant l'été 1851, à son retour de la Villa Médicis et à la veille de débuter sa carrière parisienne. Il indique la grande piété de Mme Marès en la montrant comme une dame du Moyen Âge, à côté d'un livre enluminé.
Inspiré par Le Roi Candaule de Théophile Gautier, Pradier représente la belle Nyssia à sa toilette. Selon la légende, son époux Candaule, si fier de la beauté de sa femme, aurait introduit son courtisan Gygès dans sa chambre, caché derrière une tenture, et l'aurait invité à la contempler nue.
Plus tard, Nyssia assassina son mari pour se venger de l'affront fait à sa pudeur.
Pradier a élaboré un savant équilibre entre la sensualité du corps féminin et un traitement idéalisé du marbre, qui rappelle la statuaire grecque antique.
Lehmann a étudié à Paris auprès d'Ingres, puis l'a suivi à Rome quand il a pris la direction de la villa Médicis.
Cette composition évoque le transport miraculeux par les anges du corps de sainte Catherine, martyrisée pour avoir refusé de s'unir à l'empereur romain Maximin II.
Franz Liszt loua la « sublime candeur » de cette composition, inspirée de la peinture italienne du Moyen Áge.
Et moi j'ai éclaté de rire en pensant "transport en commun" (je sais, c'est bête).
Marina Cenci, jeune paysanne, fréquentait les artistes français de la villa Médicis. Surnommée Mariuccia, elle posa pour Lehmann mais aussi pour Schnetz, Navez, Ingres et inspira Berlioz.
Le goût des artistes français pour le pittoresque, le folklore et la couleur locale rendait particulièrement fascinantes ces figures de paysannes, de bandits ou de moines italiens.
Dans ce tableau offert par l'artiste à sa ville natale, Cabanel s'inspire autant d'Euripide que de Sarah Bernhardt qui triomphait dans le rôle à la Comédie Française depuis 1872.
La scène montre Phèdre mettant au désespoir ses suivantes, après leur avoir avoué son désir coupable pour Hippolyte, fils de son époux Thésée.
Le roi Midas était sollicité pour arbitrer une joute musicale entre Apollon et Pan.
Il préféra la flûte rustique de Pan à l'élégante lyre d'Apollon et offrit la couronne au dieu sauvage. En représaille, Apollon lui fit pousser des oreilles d'âne.
Peint par Courbet lors de son séjour à Montpellier en 1854, La Rencontre incarne le pacte scellant l'amitié de l'artiste et de son mécène Alfred Bruyas.
Le tableau devint immensément célèbre sous le titre de Bonjour, Monsieur Courbet !
La place éminente que s'attribue Courbet, de même que la touche picturale d'une extraordinaire liberté, font de cette toile une étape décisive dans l'émergence de l'art moderne au coeur du 19e siècle.
C'est au Bateau-Lavoir à Montmartre que Kees Van Dongen réalise le portrait de
Fernande Olivier, première compagne de Picasso.
L'exaltation des couleurs pures montrent l'assimilation du fauvisme révélé au Salon d'automne de 1905.
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