Isola Bella était connue sous le nom d’Isola inferiore ou Isola di sotto (île inférieure ou île du bas) jusqu’en 1632. On y trouvait alors un petit village de pêcheurs.
Cette année-là, le comte Carlo III Borromeo commença la construction d’un palais en l’honneur de sa femme Isabella d’Adda et rebaptisa l'île en Isola Bella.
Les travaux, interrompus par une épidémie de peste, furent achevés par les fils de Charles vers 1652 et les jardins en terrasses ne furent inaugurés qu’en 1671.
Au cours des siècles suivants, la famille Borromeo en fit un centre mondain de première importance.
Entièrement occupée par le palais et ses jardins, l'île mesure 320 m de longueur sur 180 m de largeur. On la reconnaît facilement à sa forme de navire avec, au sud, les jardins en terrasse et le Teatro Massimo, et au nord, le palais et la nouvelle jetée.
Le bateau est passée devant la jetée d'origine mais, comme l'indiquent les poteaux rouge et bleu, elle est réservée à la famille Borromeo.
Nous l'avons donc dépassée pour aller à l'accès touristique.
A l'accostage, on est au pied d'une tour imposante : notez bien son allure de car je vous en montrerai plus loin l'intérieur...
Le cheminement vers l'entrée est orné de motifs constitués de milliers de petits galets récoltés dans le lac.
La cour d'entrée du palais avec la façade en U, comporte de nombreuses fenêtres.
Néanmoins, si l'on regarde bien, l'aile de droite est aveugle : les fenêtres sont en fait des trompe-l'oeil.
Le palais Borromeo est un château baroque, avec des jardins organisés sur 37 m de hauteur en dix gradins.
Il est le résultat d'interventions architecturales qui se sont échelonnées sur plusieurs siècles, modifiant les accès et ajoutant des parties.
Le palais fut achevé au 20e siècle par Vitalien X qui fit construire en 1952 le grand Salon Neuf et en 1958 la façade nord et son embarcadère.
Aujourd'hui, c'est un musée d'art baroque qui abrite, dans une vingtaine de pièces, des peintures, des tapisseries, des sculptures, des meubles.
Certains espaces doivent leur nom à des moments d'histoire ou à des personnalités illustres qui ont séjourné au palais : c'est le cas de la salle Napoléon et de la salle de la Reine.
Le cœur du palais Borromée est la galerie dite "Berthier", en l'honneur du général de Napoléon Bonaparte, qui a séjourné ici dans le palais avec l'empereur et sa femme Joséphine en 1797.
C'est une mosaïque de plus de 130 tableaux des 17e et 18e siècles avec quelques copies de maîtres tels que Raphaël, Corrège, Titien et Guido Reni. On y trouve également des œuvres originales de la peinture lombarde de la Renaissance, avec des artistes comme Bergognone, Boltraffio, Crespi, Giampietrino et Procaccini.
L'ennui, c'est que la quantité et la disposition empêchent de s'arrêter pour voir les détails.
D'ailleurs, juste après que j'ai pris deux photographies, j'ai entendu une gardienne dire à quelqu'un que la prise de vue était interdite dans cette pièce. Trop tard !
Il est vrai que je suis ici en début de saison donc la circulation est aisée, mais à partir de juin, il faut sans doute éviter que la foule ne bloque la galerie.
Le Salon Neuf est le plus grand espace du Palais : solennel et lumineux, avec des détails en stuc et en or ornant les murs bleus d'une élégance céleste, il a été conçu sur le modèle de l'église San Lorenzo de Milan.
Sa façade extérieure est la tour que j'ai montrée au début, au pied de laquelle se trouve la jetée.
Au sommet de la voûte en forme de coupole, on peut lire "Humilitas" (humilité, en latin) qui est la devise figurant sur les armoiries des Borromeo.
Dans cette débauche architecturale, c'est assez ironique...
D'autres emblèmes de la famille sont soutenus par de grands putti situés sur les quatre consoles en marbre incrusté reposant sur les piliers principaux : le chameau assis (symbole de la patience), la licorne (symbole de la dévotion), le frein du cheval (symbole de la force) et le cèdre (symbole des Îles Borromées).
La salle Luca Giordano est nommé d'après le peintre maniériste, influencé par Rubens, dont les toiles ornent les murs.
Dans la vitrine, on trouve une selle en ivoire ciselé du 15e siècle.
Les fauteuils du 16e siècle ne paient pas de mine mais ont une particularité : ils sont pliants.
En m'approchant de jolies représentations d'oiseaux, je m'aperçois que ce ne sont pas des peintures mais de fines mosaïques !
La splendide table ci-après est toute aussi stupéfiante. On dirait une belle peinture laquée mais quand ono y regarde de très près, il s'agit aussi de mosaïque.
D'après l'inscription autour, elle fut offerte par le Pape Léon XII au comte Giberto Borromeo, ambassadeur en 1825 de l'empereur Francois Ier d'Autriche auprès du Saint Siège.
Les "grottes" ont été conçues pour impressionner les visiteurs et offrir un environnement plus frais en été.
Les murs, les voûtes et les sols sont décorés de galets, de coquillages, de marbre et d'éclats de tuf. Le long du parcours, on rencontre des bustes de héros et de dieux, des vitrines et des présentoirs avec des urnes, des vases, de la porcelaine et des accessoires.
Pour accéder à l'étage supérieur, on traverse un dégagement orné d'une statuette du 11e siècle de la déesse Apsara, maîtresse de l'eau et des nuages dans le panthéon hindou et bouddhiste.
On monte ensuite une portion d'un sombre escalier en spirale.
Construit en 1600, il n'a jamais reçu de revêtement de stuc et peinture, ce qui lui donne une allure médiévale. Les marches en granit sont attachées au mur, comme des étagères, ce qui était une performance d'ingénierie.
Après l'obscurité, l'arrivée dans la salle suivante est éblouissante.
La visite du palais se termine par la galerie des Tapisseries.
On y trouve six des sept tapisseries flamandes tissées dans la seconde moitié du 16e siècle à Bruxelles et apportées sur l'île en 1787, offertes au comte Giberto V par son oncle le cardinal Vitalien VII. On suppose qu'elles aient fait partie de la collection du cardinal Mazarin, ministre de Louis XIII, qui les avait lui-même acquises auprès de la famille du cardinal lorrain Charles de Guise.
Ces illustres propriétaires précédents expliqueraient la qualité exceptionnelle des tapisseries en fils de laine, de soie, d'or et d'argent, ainsi que le choix du thème religieux caché sous le voile de l'allégorie.
Le thème de toutes les tapisseries est celui de la morale chrétienne, du péché et de la rédemption, de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal.
Au-dessus de chaque tapisserie, à l'intérieur d'une bordure qui se répète presque à l'identique, un rouleau avec des versets tirés de la Bible ou d'autres ouvrages religieux aide à comprendre le sens de la scène représentée.
Tout est rendu par des images où l'homme n'apparaît pas ; les êtres vivants ne sont que des animaux représentés dans des scènes de la vie quotidienne, donc souvent en train de chasser et tuer d'autres animaux, mais aussi dans des moments de tendresse à l'égard de leurs petits.
Par exemple, voici le décryptage de la tapisserie suivante.
La licorne est ici le symbole du mal (*) et l'image du lion transpercé a été interprétée comme une allégorie du Christ et de sa Passion. le ton suppliant du texte du commentaire semble confirmer cette lecture.
(*) C'est inhabituel car, dans le monde chrétien, la licorne est généralement associée à la pureté et au sacrifice de soi, d'où sa présence sur les armoiries des Borromeo.
Cartouche central : « Sauve-moi de la gueule du lion et de la corne de la licorne, défends ma fragile existence » (Psaumes, 22, 22) ; « Dieu m'a protégé des griffes du lion et de l'ours et me sauvera de la main de Goliath » (I, Samuel, 17, 37)
Médaillon de gauche : un cerf percé d'une flèche, fait allusion à la capacité de supporter la souffrance comme le Christ l'a endurée pour le salut de l'homme.
Médaillon central : Le lion tremble devant le coq, ainsi la puissance mondaine doit trembler devant la puissance divine.
Médaillon de droite : deux lézards, dont l'un mange des feuilles, sont probablement des caméléons qui, selon la légende, s'ils sont blessés par le corbeau, sont sauvés en mangeant du laurier, une plante connue pour ses bienfaits sur la santé.
Dans la suivante, une lionne traverse un ruisseau, une panthère rôde dans la forêt.
Les autres animaux présents dans cette scène se déplacent et vivent en parfait accord les uns avec les autres : un héron et un canard planent en vol, un serpent se débarrasse de son venin pour ne pas empoisonner l'eau de la rivière, le paysage est riche en plantes aux propriétés médicinales telles que l'iris et le palmier dattier.
Ainsi, la nature est originellement bonne et dicte son propre code de conduite aux animaux ; la valeur édifiante de son exemple est soulignée par les textes reproduits dans le cartouche central
Cartouche central : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » (Matthieu, 10, 16) ; « Observe la fourmi, paresseuse, prends exemple sur son comportement » (Proverbes, 6, 6)
Médaillon de gauche : deux colombes se bécotent ; elles symbolisent la Chasteté et la Fidélité
Médaillon central : un serpent ferme son oreille avec sa queue. Les serpents sont sensibles au chant et sont capturés par ce moyen. Ainsi l'homme qui ne doit pas écouter les voix trompeuses qui le conduisent à la perdition.
Médaillon droit : deux serpents dont l'un enroulé autour d'un arbre. De puissants antidotes sont extraits du venin, donc le serpent a le pouvoir de guérir, tout comme le Christ, qui a guéri l'homme et lui a donné le salut.
En sortant de la galerie, on arrive à l'atrium de Diane qui fut construit en 1675 pour masquer le défaut d'alignement entre le palais et la terrasse.
Les jardins furent réaménagés au 19e siècle Vitalien VIII, botaniste, qui introduisit des espèces végétales exotiques et fit construire des serres ainsi qu'un nouveau système de pompage de l'eau.
Appelé Teatro Massimo, l'ensemble monumental sur trois niveaux qu'on découvre est le lieu le plus important du jardin.
La plupart des statues sont des œuvres du sculpteur milanais Carlo Simonetta qui les a réalisées entre 1667 et 1677.
Tout en haut, parmi les personnifications de l'Art et de la Nature, se dresse la statue de la Licorne, symbole héraldique de la famille Borromée, montée par un Cupidon qui représente « l'Honneur » ou, selon d'autres versions, « l'Amour ».
Aux étages inférieurs, les statues symbolisent le Verbano (lac Majeur) et, plus en bas les cours d'eau Tessin et Pô. Sur les côtés des exèdres se dressent quatre obélisques portant des statues représentant les éléments fondamentaux : l'air, l'eau, la terre et le feu.
Il y a des escaliers latéraux qui permettent d'aller au sommet, si l'on a le pied sûr et le coeur solide.
Les paons me font ricaner : ça se pavane et ça prend des poses avantageuses mais ce ne sont finalement que de grosses pintades avec une voix affreuse et un caractère épouvantable.
Il y en a plusieurs dans le jardin, plutôt somnolents, donc j'étais tranquille.
Et voilà que celui-ci s'est trouvé sur mon chemin me tournant autour pour faire son numéro ! J'admets que l'effet "robe de mariée" était très joli mais dès qu'il a fait la roue, je suis restée prudemment à distance.
Une jeune femme a été assez naïve pour empiéter sur son territoire et le démon blanc l'a immédiatement poursuivie en lui donnant des coups de bec dans les mollets.
J'avoue que j'ai bien ri et grâce à la diversion, j'ai pu reprendre la visite en toute sécurité.
Les jardins furent réaménagés au 19e siècle Vitalien VIII, botaniste, qui introduisit des espèces végétales exotiques et fit construire des serres ainsi qu'un nouveau système de pompage de l'eau.
Je quitte le jardin en passant par divers escaliers et en évitant la marée de marchands de souvenirs pour retrouver l'embarcadère d'où le bateau repartira vers Stresa.
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