Une particularité de Venise est la numérotation extravagante de ses adresses.
De fait, la ville ne s'est pas construite de manière traditionnelle, à un emplacement proche d'un fleuve et doté de routes. C'était un ensemble d'îlots de pêcheurs peu à peu reliés par des ponts et des comblements de canaux.
En conséquence, il y a des adresses numérotées avec logique mais juxtaposées à d'autres dont les numéros ne suivent pas. Souvent, il n'y a pas d'adresse précise du type numéro/rue ou place. C'est le nom du quartier suivi d'un numéro : Dorsoduro, 2130 par exemple. Le chiffre 1 est souvent associé aux monuments et aux lieux importants.
Si un navigateur GPS permet désormais de s'orienter, je me souviens de l'époque où même avec une carte, il était impossible de le faire précisément. Il valait mieux se repérer d'après un quai et une église pour retrouver son hôtel !
De plus, le dédale des rues étroites ne permet pas de voir les alentours, ni même la position du soleil... Au mieux, il y a des fléchages "> San Marco", ">Rialto" etc.
Avant les navigateurs, la méthode était simplement : "J'habite à Dorsoduro, près de l'église Santa Mater, à côté du cordonnier." Les visiteurs arrivaient dans le quartier et questionnaient ses habitants, tout simplement.
Quand, hier, le réseau ne me permettait plus de me connecter à internet, j'ai eu un moment de panique avant de prendre conscience ne pas être très loin de ma résidence. Comme elle est tout près de Madonna dell'Orto, j'ai tout simplement demandé sa direction à un cafetier puis à une fleuriste, grâce à qui je suis rentrée.
Je croise néanmoins les doigts pour que ça n'arrive plus, et je garde un plan dans mon sac !
Intriguée, je me suis penchée sur les caractéristiques de cette ville pour mieux pouvoir m'orienter.
À Venise, les six quartiers sont appelés sestieri et sont Cannaregio, Castello, Dorsoduro, San Marco, San Polo et Santa Croce.
Pour certaines voies, le terme calle est propre à la ville, alors que le reste de l'Italie utilise le terme strada. En fait, à Venise, il n'y a qu'une seule strada : la Strada Nova, qui traverse le quartier de Cannaregio.
La seule piazza de Venise est la place Saint-Marc, les autres portent le nom de campo pour les grands espaces et campiello pour les plus petits. Ces termes remontent au Moyen Âge. Aujourd'hui, seule la cité lagunaire a conservé cette tradition (à quelques exceptions près, comme le Campo de' Fiori à Rome). Lorsqu'un campiello est séparé de la route principale et bordé principalement d'immeubles d'habitation, on l'appelle corte. Presque tous les campi et campielli possèdent encore un puits, qui permettait autrefois aux habitants de s'approvisionner en eau potable.
Le terme fondamenta désigne une rue piétonne longeant un canal, parfois bordée de parapets en métal ou en brique, généralement ornés d'éléments en pierre d'Istrie. Les fondamente, souvent bordées de commerces, comportent généralement des embarcadères facilitant le débarquement des marchandises et des passagers des bateaux.
Dans certains cas, elles sont couvertes d'où le nom de sotoportego (sous-portique). Les autorités vénitiennes imposaient aux propriétaires privés de laisser ce type de passage mais ces derniers avaient le droit de le faire aussi étroit que possible ; au contraire, les plus aisés les faisaient plus grands, en signe ostentatoire de richesse.
Un ramo désigne une ramification (souvent sans issue) de calle et peut mener à des maisons individuelles, des cours intérieures ou des embarcadères. En bref, dans le grand labyrinthe de Venise, les embranchements évoquent souvent une impasse et invitent à poursuivre son chemin.
On regroupe souvent toutes les voies navigables de Venise sous le terme générique de canale, mais en réalité, la cité lagunaire ne compte que quatre canaux principaux : le Grand Canal, le canal de Cannaregio, le canal de la Giudecca et le canal de Scomenzera. Tous les autres sont appelés rio. Ils sont beaucoup plus petits que ces quatre grands canaux, et pas tous navigables.
Au fil des siècles, de nombreux rii ont été comblés et transformés en promenades piétonnes. Dans ce cas, la rue est souvent appelée rio terà, de "rio interrato" signifiant "canal enterré".
Le terme riva désigne les fondamente qui bordent le Grand Canal et le bassin de Saint-Marc, anciens docks des navires marchands. C'est pourquoi elles sont souvent plus larges que les fondamente ordinaires et dépourvues de parapets. La plus célèbre est sans aucun doute la Riva degli Schiavoni, à deux pas de la place Saint-Marc, mais le long du Grand Canal.
La salizada est une rue très large qui a toujours joué un rôle crucial dans la circulation de la ville. Déjà, elle était traversante, d'un bout à l'autre d'un îlot. De ce fait, elle était souvent bordée de commerces. A l'origine, tous les sols étaient en terre battue ou pavés de briques en chevron, qui avaient l'avantage d'évacuer la pluie. Néanmoins, en raison de leur importance et pour éviter la boue dans les commercez, les salizade étaient pavées de trachyte ou de silex (salizzo) dont elles tirent leur nom.
Les noms et numéros des adresses sont inscrits sur les nizioleti (petites feuilles) peints sur les murs. De plus, un nizioleto peut également indiquer les numéros de maison, bien que dans ce cas, les caractères ne soient pas noirs, mais rouges.
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