Les Gallerie dell'Accademia (Galeries de l'Académie) possèdent la plus importante collection au monde de peintures vénitiennes, datant du 15e siècle au 18e siècle (et aussi des oeuvres de Bosch comme je l'ai découvert sur place).
Lors de la récente restauration du triptyque suivant, l'apparition d'une légère pilosité sur le visage de la sainte crucifiée a permis de l'identifier avec certitude comme étant sainte Wilgefortis (Virgo fortis), une martyre du VIIe siècle vénérée en Flandre mais pratiquement inconnue en Italie, où elle est connue sous le nom de Liberata.
Selon des sources antiques, pour protéger son vœu de chasteté, Dieu lui aurait fait pousser une barbe la nuit de ses noces, provoquant la colère de son père qui la condamna au martyre.
Pfff... mais quelle histoire...
Madonna con il Bambino e i santi Caterina d'Alessandria e Giovanni Battista - Giorgione (attr.), c. 1500
J'avoue avoir réprimé un éclat de rire en voyant le tableau suivant parce que Marie, loin d'être extasiée, semble avoir une crise cardiaque à l'apparition de l'archange Gabriel !
En avril 1542, Giorgio Vasari, installé à Venise depuis l'année précédente, reçut la commande d'un plafond, destiné à une salle du palais que Giovanni Cornaro faisait rénover sur le Grand Canal par Michele Sanmicheli.
Vasari le mentionne dans ses mémoires, où il décrit également les neuf sujets représentés : les Vertus (Charité, Foi, Espérance, Justice et Patience) et les quatre putti. Au milieu du 18e siècle, le plafond fut démonté puis dispersé puis àla fin du siècle, les parties représentant la Foi et l'Espérance furent réduites, et la section indépendante, dite du Suicide de Judas, fut séparée de cette dernière.
La restauration des différentes sections commença en 1987, avec l'acquisition par l'État de la Justice et de la Patience ainsi que de deux putti. En 2002, un autre putto fut ajouté et la Charité placée sous tutelle. La Foi (2013) et l'Espérance (2017) furent ensuite acquises à Londres, et la même année, l'ensemble fut complété par le placement de Judas sous tutelle.
Le plafond représente le Triomphe des Vertus. Dans chaque section, ces dernières sont encadrées par un exemple qui les caractérise (Noé, Salomon, Job) et un autre qui les contraste (Judas, symbole du Désespoir, face à l'Espérance). Les Vertus sont représentées dans des perspectives et des postures complexes, vues d'en bas et projetées sur un ciel ouvert unificateur, dans un espace commun délimité par la balustrade. La pièce était conçue pour susciter une impression de surprise raffinée chez les visiteurs, tandis que son opulence était rehaussée par l'éclat des feuilles d'or sur les poutres.
Le plafond, un exemple parfait du style italien central à Venise, impressionna les artistes vénitiens contemporains : Tintoretto le cita dans son Printemps (anciennement à Ca' Barbaro), Veronese dans son Allégorie de la Paix (anciennement au Palazzo Porto à Vicence), et Tiziano lui-même expérimenta des sujets fortement raccourcis dans ses peintures pour la Sacristie de Santo Spirito in Isola et dans la partie centrale d'un plafond de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista.
Dans les portraits de Lotto, les détails offrent de précieux indices pour mieux comprendre la personnalité des personnes représentées.
Ici, le livre de comptes posé sur la table évoque les tâches quotidiennes, contrastant avec le luth et le cor de chasse à l'arrière-plan, qui font allusion aux plaisirs de la vie.
Les lettres, le châle, les pétales de rose et le lézard, animal à sang froid insensible à la passion, évoquent un amour malheureux, voire contrarié, cause possible du regard mélancolique du jeune homme.
Alors que je consulte une feuille de salle, une femme s'approche et me déclare "Marina Abramovic". Perplexe, voire flattée d'être abordée par une artiste, je réponds poliment "Enchantée, vous exposez ici ?".
Perplexe à son tour, elle me répond "Non, je vous demande où est l'exposition de Marina Abramovic. Vous n'êtes pas du personnel ?"
Eh bien non.
Moralité : ne portez pas une petite robe noire et des souliers vernis si vous voulez passer pour une touriste.
Le Cycle de Sainte Ursule, l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la Renaissance vénitienne, fut peint par Vittore Carpaccio entre 1490 et 1496 pour les frères de l'École de Carpaccio. À leur arrivée au musée en 1812, les toiles portaient des traces de restaurations successives mais des travaux de conservation récents ont permis de leur rendre leur extraordinaire qualité originelle.
Carpaccio situe les événements, tirés principalement de la Légende dorée de Jacopo da Varazze (13e siècle), dans des espaces où des éléments réalistes et naturalistes se mêlent à des atmosphères féeriques.
Ursule, fille du roi de Bretagne, est invitée à épouser le fils du roi païen d'Angleterre, Érée, et elle accepte à condition que le jeune homme se convertisse au christianisme et fasse avec elle un pèlerinage à Rome, accompagné de onze mille vierges.
Tandis que la cour d'Angleterre rentre chez elle, les protagonistes se préparent à partir pour Rome où, accompagnés de la procession des vierges, ils rencontrent le pape, entouré de prélats. Peu après, Ursula reçoit en songe l'annonce de son martyre, qui aura inévitablement lieu à Cologne, sur le chemin du retour.
En effet, Attila, chef des Huns, amoureux d'Ursula, exigera de l'épouser, et le refus déclenchera un martyre collectif. L'histoire s'achève avec les funérailles d'Ursula et l'apothéose des martyrs.
C'est somme toute un récit qui se lit comme une bande dessinée. Le rendu, vu de près, est superbe, avec beaucoup de détails et même, par endroits, une illusion de relief grâce aux jeux de lumière.
La toile suivante représente la procession solennelle qui se déroulait chaque année sur la place Saint-Marc à l'occasion de la fête du saint patron, en présence du doge, dont le palais était le point de départ. De nombreuses confréries participaient à la célébration, exposant leurs reliques, notamment la Scuola di San Giovanni Evangelista avec la relique de la Sainte Croix.
Le somptueux reliquaire doré qui l'abrite, protégé par un dais, occupe le centre de la toile : le fidèle agenouillé, vêtu de rouge, se tourne vers lui, implorant la guérison de son fils. Ce témoignage historique exceptionnel documente l'aspect de la basilique et de la place Saint-Marc à la fin du 16e siècle.
L'installation de Marina Abramovic ne m'a pas intéressée. En revanche, j'ai bien aimé certaines oeuvres en verre de Leiko Ikemura que je ne connaissais pas. Malheureusement, je n'ai pas pu toutes les photographier à cause des vitrines.
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