Dans la première moitié du 19e siècle, la Vénétie se trouve sous la domination des Autrichiens qui sont rebutés par le taux d’alcool des vins de la région, plus élevés que les vins légers auxquels ils sont habitués.
Naît alors la tradition de demander au serveur « d’arroser » ou « d’asperger » d’eau le vin local pour l'allonger. C’est de ce geste, spritzen en allemand, qu’est né le « spritz ». Il se composait alors de vin blanc et d'eau gazeuse.
La plus ancienne attestation d'une dénomination apparentée au nom moderne remonte à 1857, lorsque le journal germanophone Pesth-Ofner Localblatt décrivait le spritzer comme du vin mélangé à de l'eau gazeuse ; l'article avait été rédigé à Venise, sur la place Saint-Marc.
Les années 1920 virent la popularisation des boissons amères (« bitter ») faites à base d'herbes et/ou d’écorces d’agrumes comme l'Aperol, le Campari, le Select, ou d'artichaut, comme le Cynar. Le Select ajouté au vin blanc et à l’eau fit du spritzer un nouveau cocktail, le spritz vénitien.
N'écoutant que mon devoir, j'ai testé les quatre versions, de gauche à droite : l'Apérol a un bon goût d'orange mais il est très sucré ; le Campari a un goût herbacé, un peu amer ; le Select n'a pas un goût aussi prononcé et il est légèrement amer ; le Cynar est très amer, c'est donc celui que j'ai moins aimé.
Finalement, l'idéal pour moi serait l'Apérol s'il était moins sucré.
Le spritz s'est d'abord popularisé à Venise et à Padoue et, à partir des années 1970, dans toute la région de Vénétie. Il s'est étendu vers la même époque à toute l'Italie avec l'usage par Aperol de publicités télévisées. Dans les années 2010, après le rachat par le groupe Campari, le cocktail gagne progressivement l'Europe. Depuis 2011, il est officialisé par l'IBA d'abord sous la dénomination de « spritz vénitien », puis simplement de « spritz ».
Néanmoins, si Aperol associe nécessairement, dans sa stratégie. le spritz à son produit, ce cocktail vénitien ne se prépare pas forcément avec cette marque précise puisque l’original était d'ailleurs fait avec du Select, le seul bitter qui était disponible à Venise au moment de la diffusion du spritz.
Aujourd'hui, je suis tombée sur une manchette de journal annonçant un coup de filet sur des bars indélicats.
D'après l'article, il n'y a rien de dangereux ou de frelaté, mais certains commerçants transvasent une marque bon marché de bitter dans des bouteilles d'Aperol et facturent les clients tout aussi cher.
La répression des fraudes ne plaisante pas, et Aperol sans doute pas non plus.
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