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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Publié le 1 Janvier 2026 par Baronne Samedi in Opéra, Opéra de Lyon

Quel plaisir de commencer l'année avec le spectacle éblouissant que nous offre l'Opéra de Lyon !  C'est une acclamation debout qui a salué la fantastique mise en scène de Damiano Michielletto scénographiée par Paolo Fantin.

Dernière oeuvre d'Offenbach, Les Contes d'Hoffmann est l'opéra qui le fit connaître comme compositeur lyrique, au-delà de ses ouvrages comiques. Jules Barbier en a écrit le livret d'après des nouvelles d'E. T. A. Hoffmann, qui est le protagoniste de l'histoire.

L'opéra existe en plusieurs versions car, outre qu'Offenbach la modifiait encore pendant les répétitions (il mourut avant la première), des manuscrits ont été perdus et des ajouts effectués… Sa genèse est expliquée ici

Damiano Michieletto s'est fondé sur toutes les versions existantes, ôtant les parties parlées et condensant le dernier acte. Dans les trois amours malheureuses, il voit les trois âges d'Hoffman, d'abord candide, puis mature et pour finir désabusé. 

Les décors complexes, habillés de lumières au gré de l'action, sont le parfait écrin d'un drame empreint de fantasmagorie. Sur une note plus légère, on voit surgir au gré des scènes toute une galerie de figurants dansants : des esprits, des souris, des diablotins... et même un géant.

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Dans la taverne de Luther, à Nuremberg, apparaît la Muse qui veut détourner Hoffman des femmes pour qu'il ne se voue qu'à la poésie. Pour cela, elle prend l'apparence de Nicklausse, le meilleur ami d'Hoffmann.

Je n'ai pas saisi pourquoi ici Nicklausse est représenté en perroquet mais cela ne gâche rien puisque Victoria Karkacheva lui prête un beau mezzo soprano

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Hoffmann et Nicklausse sont venus se désaltérer, à l'entracte de Don Giovanni. Tandis qu'ils évoquent la beauté de la diva Stella, qu’Hoffmann a aimée autrefois, le conseiller Lindorf intercepte un message destiné au poète que la cantatrice invite dans sa loge le soir-même. 

Au fil du récit, on verra que Lindorf, une incarnation du diable, joue un rôle crucial dans les malheurs d'Hoffmann, en se cachant sous diverses identités. 

Ivre, Hoffmann se met à raconter ses trois histoires d'amour malheureuses à des étudiants, joyeusement incarnés par le choeur des hommes de l'opéra. Le rôle trop court de Filipp Varik, l'étudiant Nathanaël, donne un aperçu d'un gracieux ténor qui donne envie de l'entendre davantage. 

Iván Ayón Rivas interprète Hoffman dans un ténor chatoyant qui est un vrai régal, aussi puissant que précis, qu'il soit amoureux candide ou débauché. Un petit bémol est son accent péruvien dans le rôle d'un sujet allemand chantant en français (j'aimerais qu'un jour il reprenne le répertoire de Luis Mariano !).

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Au premier acte, Lindorf est Coppélius qui a fourni au savant Spalanzani les yeux de la poupée mécanique qu'il a construite et qu'il présente comme sa fille. Par magie, Coppélius fait croire au poète qu'Olympia est une vraie femme et Hoffmann se croit aimé bien que Niklausse tente de l'avertir.

La merveille vocale est Eva Langeland Gjerde dont le soprano stupéfiant se joue de la partition spectaculaire de la poupée, chantant les notes suraiguës sans perdre de leur rondeur. Un tonnerre d'applaudissements bien mérités a salué sa virtuosité.

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Transposé dans une école, l'acte fait la part belle au choeur mixte qui s'en donne à coeur joie dans la classe comme à la récréation. 

Spalanzani, en banqueroute, n'a pas payé Coppélius qui se venge en détruisant Olympia. 

Hoffmann découvre ainsi la vraie nature de celle qu'il aimait, tandis que la foule se moque de sa naïveté.

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Au deuxième acte, à Munich, Hoffmann chante l'amour avec Antonia mais Crespel, met fin à leur relation sans expliquer au poète que sa fille souffre d'une maladie qui causerait sa mort si elle chantait à nouveau, comme sa mère. 

Lindorf, sous l'identité du docteur Miracle, vient persuader Antonia que la gloire de son art vaut mieux qu'une vie de matrone et, par magie, fait apparaître l'esprit de la défunte mère d'Antonia pour la persuader de chanter.

Le metteur en scène a curieusement représenté Antonia en danseuse mais la métaphore de l'art maudit fonctionne bien. De plus, visuellement, le numéro comique des petits rats de l'opéra donne du relief au solo du serviteur Franz  
 

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

Amina Edris  joue bien le dilemme d'Antonia qui enchaîne les vocalises et finit par mourir dans les bras de Crespel arrivé trop tard. Néanmoins, malgré sa justesse et sa puissance, je n'ai pas été sensible à son timbre parfois âpre dans les notes hautes. 

En docteur Miracle sinistre à souhait, Marko Mimica s'impose tant par son jeu d'acteur que par son registre de basse dont même les roulements de timbales ne peuvent couvrir la puissance. Son duo d'affrontement avec Crespel est saisissant et Vincent Le Texier dans le rôle de ce dernier, est déchirant en père brisé.  

Tout l'acte est superbe, avec des accents mozartiens dans ses tourments. 

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

A Venise enfin, Lindorf devient Dapertutto, magicien manœuvrant la courtisane Giulietta pour qu'elle vole le reflet d'Hoffmann, donc son âme. 

Dans le décor vénéneux d'un cercle de nuit, le puissant mezzo de Clémentine Margaine, bardée d'or, est à la mesure d'une femme qui doit subjuguer un Hoffman désabusé.

Giulietta parvient à le séduire et l'abandonne pour un autre après avoir volé son reflet dans un miroir magique. Le procédé scénique pour cet effet est particulièrement bien trouvé.

C'est dans cet acte qu'on entend la très jolie barcarolle Belle nuit, ô nuit d'amour. Elle avait été créée comme le Chant des Elfes pour l'opéra Les Fées du Rhin qui n'avait pas eu de succès. La mélodie est devenue l'un des morceaux les plus célèbres d'Offenbach et elle est connue de beaucoup qui n'en connaissent pas l'origine.  

Les choeurs ont une belle part dans cet acte placé sous le signe des masques et des paillettes. 

Les Contes d'Hoffmann - Offenbach/Michielletto

En épilogue, on retrouve Hoffmann à l'auberge, ivre, qui a fini son histoire.  

Quand apparaît la diva, déçue qu'Hoffman ne l'ait pas rejointe dans sa loge, il ne la reconnaît pas et offensée, elle repart avec Lindorf. 

Resté seul avec Hoffmann, Nicklausse dévoile son identité de Muse pour déclarer  « Renais poète ! Je t'aime Hoffmann ! Confie-toi à moi ! Des cendres de ton coeur, réchauffe ton génie [...] La Muse apaisera ta souffrance bénie »

Les Contes d'Hoffmann - Durée : 3h40, deux entractes inclus
Opéra fantastique en 1 prologue, 3 actes et 1 épilogue - 1881

Musique de Jacques Offenbach
Livret de Jules Barbier d’après la pièce de Jules Barbier et Michel Carré

Direction musicale  Emmanuel Villaume  Chef des chœurs  Benedict Kearns

Scénographie Paolo Fantin - Chorégraphie Chiara Vecchi
Costumes Carla Teti - Lumières  Alessandro Carletti

Hoffmann Iván Ayón Rivas, ténor Olympia Eva Langeland Gjerde, soprano* Antonia Amina Edris, soprano Giulietta Clémentine Margaine, mezzo soprano,  
Lindorf/Coppélius/Le docteur Miracle/Dapertutto  Marko Mimica, baryton-basse Nicklausse Victoria Karkacheva, mezzo soprano
La Muse/La Voix de la mère  Jenny Anne Flory, mezzo soprano*
Andrès/ Cochenille/ Frantz Vincent Ordonneau, ténor
Crespel Vincent Le Texier, baryton-basse  Nathanaël Filipp Varik, ténor*
Spalanzani François Piolino, ténor  Hermann/Schlemil  Alexander de Jong, baryton*  Luther  Hugo Santos, basse* 

(*) Artistes du Lyon Opéra Studio

Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon

Nouvelle production - Co-production Opéra de Lyon, Opera Australia, Royal Opera House, Covent garden, Fondazione Teatro La Fenice di Venezia

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