Le lac Arpi est situé à 2 023 m d'altitude dans la région de Shirak en Arménie, à environ 30 km de Gyumri. Source du fleuve Akhourian, alimenté par la fonte des neiges et par quelques ruisseaux, il est fortement sollicité pour l'irrigation et pour la production hydroélectrique depuis les années 1950.
La région vit un climat continental féroce car, en hiver, la température peut descendre jusqu'à -42°C, ce qui lui vaut le surnom de "Petite Sibérie" ; et l'été, elle peut aller jusqu'à +29°C, avec des variations de 5°C selon les années.
La région du lac Arpi est un bijou naturel peu connu pourtant, avec ses paysages sub-alpins, elle a un immense potentiel d'écotourisme pour offrir du travail aux populations locales et éviter l'exode rural.
En effet, inscrit depuis 1993 sur la Liste des zones humides d'importance internationale de la convention de Ramsar, c'est un trésor de faune et de flore :
- 193 espèces d'oiseaux, Le parc abrite la plus grande colonie de goélands d’Arménie et constitue le seul site de reproduction du pélican frisé (Pelecanus crispus) en Arménie. Parmi les autres oiseaux remarquables, citons la crécerellette, la cigogne noire et le tadorne de Belon.
- 10 espèces de reptiles et 3 espèces d’amphibiens. La vipère de Darevsky (Vipera darevskii), un serpent venimeux en danger critique d’extinction, est endémique de cette région.
- 30 espèces de mammifères dont la loutre d’Europe, le putois marbré, le campagnol amphibie et l’ours brun. 12 espèces de poissons peuplent le lac, notamment la carpe (Cyprinus) et le barbeau (Varicorhinus).
- Les prairies estivales abritent environ 90 espèces de papillons, tandis que les plans d'eau accueillent 10 espèces de libellules.
De plus, le paysage est propice aux randonnées et à l'observation. Pour les amateurs de ski et snowbord, la station de sports d'hiver d'Ashostsk, à une vingtaine de kilomètres, offre un enneigement idéal.
Dans ce contexte, la fondation Miassine a élaboré un projet ambitieux pour développer le lac Arpi de manière durable et solidaire, en s'inspirant du succès de l'Islande.
- Le développement de chambres d'hôtes gérées par des familles locales, pour permettre aux visiteurs de vivre une expérience authentique,
- La formation des acteurs du tourisme rural pour améliorer l'accueil et les services,
- L'accompagnement des artisans et des producteurs locaux pour mettre en valeur leur savoir-faire auprès des visiteurs.
60 femmes venues de 6 villages sont engagées dans 8 formations à la gestion d'entreprise, aux compétences numériques, à l'apprentissage du français, et il y des demandes pour la formation à l'esthétique, la coiffure et la manucure (au temps pour ma vision citadine des paysannes).
J'ai eu la chance d'être invitée à un atelier de réflexion sur le thème de l'hospitalité, en partenariat avec la fondation suisse KASA.
Lorsque l'animatrice a demandé "Qu'est-ce que vous associez à la hospitalité ?", la réponse chorale a été "Le café !" et je me suis surprise à spontanément me joindre à l'ensemble 😁
L'atelier a ensuite évolué vers plus de propositions : accueillir chaleureusement, accompagner dans des promenades, faire connaître les productions de miel, de pâtisserie, d'herbes médicinales et aromatiques, de fromage...
C'est une région où le gaz ne parvient pas. Grâce à un programme européen, des maisons sont munis de panneaux solaires et un autre combustible est tout simplement la bouse de vache séchée, comme je l'avais déjà montré dans mon article sur Makenis, à l'est du pays.
Avec beaucoup de sérieux mais aussi avec des anecdotes amusantes, elles ont envisagé les pires scenarios pour les résoudre :
- comment réagir en cas de coupure d'électricité,
- comment rassurer les touristes qui ont peur de l'orage,
- comment respecter la tranquillité de ceux qui viennent pour la contemplation,
- comment nourrir ceux qui sont en recherche d'authenticité (genre : moi !)
Il y a déjà eu des visiteurs étrangers donc il s'agit essentiellement d'élargir les services et donner une identité forte à la région pour remplacer la connotation de "Petite Sibérie" par celle de "Laponie arménienne".
D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement d'accueil de touristes mais aussi de sensibilisation des enfants à la nature.
Aidée par les habitants et des bénévoles, la fondation Miassine mène une campagne de reforestation et de création d'un arboretum
Dans le cadre du projet "Création d'un laboratoire éducatif environnemental", avec le soutien de la Fondation Family Hovnanyan, l'expert français Antoine Vernhol est venu apporter ses conseils :
- analyse des sols
- choix des espèces végétales locales adaptées au climat
- axes d'aménagement écologique des espaces
Il a lui-même apporté de France un chêne qu'il a planté pendant son séjour.
Après de passionnants échanges, j'ai eu la bonne surprise d'être invitée avec les animatrices à un déjeuner chez Nelli, la jeune femme au pull rose, plus haut.
La maison d'aspect rustique est néanmoins confortable.
Elle nous avait préparé une belle table !
J'ai découvert un plat d'orties que je ne connaissais qu'en soupe, ici servi froid.
La plante, très riche en fer, est blanchie puis essorée avant d'être passée à la poêle avec des oeufs.
L'autre verdure servie froide était de l'avelouk, oseille sauvage, ou patience crépue, appartenant principalement aux espèces Rumex confertus ou Rumex crispus.
Les feuilles récoltées au printemps sont tressées et séchées. Ce processus de séchage provoque une légère fermentation qui élimine l'excès d'acide oxalique et d'amertume.
C'est un élément incontournable de la cuisine arménienne, riche en fer et en vitamines A et C, qui peut être mangé toute l'année grâce à sa conservation en tresse.
Je me suis régalée d'un jus d'abricot frais absolument succulent et le café pour finir a été le bienvenu avant de reprendre la route jalonnée de nids de poule, car fortement érodée par le climat.
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