Géographe de formation, Sylvain Rotillon évolue désormais dans des projets liés aux politiques publiques et aux changement environnementaux.
De la rue à la route, du faubourg à la banlieue, du terrain vague à la friche, en passant par les ronds-points et les supermarchés, il fait le bilan des aménagements urbains fondés sur des solutions technologiques au service d’une logique de profit et non à celui des besoins sociaux.
Son approche sensible est fondée sur de solides connaissances mais ce n’est pas un pensum jalonné de sigles et de langue de bois. C’est un exposé vibrant sur ce que doit être la rue : une école spontanée, un lieu de jeux, de liesse ou d’expression des revendications populaires, un espace public favorable au brassage social.
Sylvain Rotillon aborde aussi la question de l’éclairage urbain dont la répartition ne correspond pas aux besoins de sécurité des piétons, celle de la végétalisation nécessaire face aux enjeux climatiques et celle du trop peu de place laissée aux enfants pour chahuter en toute liberté, hors de l’école ou du foyer. Pour le citer « Sans ces petites transgressions qui sont des expérimentations du quotidien, il n’y a pas de vrai apprentissage ».
A mesure de l’analyse on prend conscience des ravages causés par les politiques d’urbanisation qui, pendant des décennies, ont donné la priorité aux voitures, dévorant les espaces verts et la part accordée aux piétons, tout en négligeant les transports en communs pourtant cruciaux, tant sur le plan économique qu’écologique.
Force est de constater que la ville, même très peuplée, ne favorise plus le brassage et les interactions sociales. Le fait même de ne plus marcher suffisamment a un impact négatif sur la santé et sur la connaissance de la ville, à travers son architecture historique.
Le supplément d’âme de ce livre passionnant tient dans les intermèdes évoquant une adolescence en banlieue sans grâce, les déambulations au gré des villes, une plongée dans les manifestations de revendications sociales, et un éloge de la nuit, empreint d’une poésie sauvage.
Les photographies sont de l'auteur et il y a même une bande-son avec, pour les chapitres, une évocation musicale, à travers des citations de la Souris Déglinguée, TV Smith, Camera Silens, Orelsan…
J’ai eu parfois le cœur serré de nostalgie, pour avoir connu dans l’enfance les marelles sur le trottoir, les immeubles sans interphones et les bancs publics accueillants.
Il reste l’espoir que les politiques écologistes finiront par aboutir pour regagner la rue, loger dignement ses habitants et leur donner la possibilité d’y flâner en toute sérénité.
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Sylvain Rotillon a grandi dans une rue sans limites, où l'on jouait, se rencontrait, apprenait à vivre ensemble. Géographe et marcheur invétéré, il chemine aujourd'hui entre ronds- poin...
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