Les objets de mesure du temps m'ont toujours fascinée par leur ingéniosité, qui s'est vite accompagnée d'une volonté d'embellissement.
Le musée de Besaçon en comporte bien moins que je l'espérais mais on y trouve la montre la plus compliquée du monde, au sens de "dotée de complications" .
J'ai vu de jolies choses mais pas le pendule de Foucault car le dernier étage était clos pour cause de canicule.
Je ne me suis pas attardée sur les tableaux et tentures car j'ai préféré me concentrer sur les instruments. Il faut dire que la prise de vue n'est pas facile avec des objets brillants dans des vitrines qui le sont tout autant !
La pendule à planétaire qui suit symbolise deux façons de mesurer le temps, par l'observation du ciel et par le travail de l'horloger.
La pendule recrée artificiellement le temps des astres, en reproduisant le mouvement du Soleil, de la Terre et de la Lune, grâce à une mécanique horlogère.
Ce type de pendule à quatre colonnes surmontées d'un planétaire est une spécialité d'Antide Janvier, qui compte parmi les plus grands horlogers de la fin du 18e et du début du 19e siècle.
Celle-ci est également pourvue d'une boîte à musique.
Instruments scientifiques autant qu'objets de prestige, ces deux globes sont équipés d'un mécanisme d'horlogerie qui les fait tourner sur eux-mêmes. Ils font partie d'une même paire et sont conçus pour fonctionner ensemble.
L'heure est indiquée sur leur cadran transparent. Le globe terrestre tourne sur lui-même en 24 heures. Il indique ainsi le temps mayen, c'est-à-dire le temps officiel et régulier, fondé sur une moyenne tirée du mouvement
apparent du soleil en une journée.
Ces cadrans solaires en pierre portaient des styles métalliques sur leurs différentes faces pour donner l'heure aux différents moments de la journée selon la position du soleil.
Comme c'est souvent le cas, ces cadrans solaires portent une devise évoquant la fragilité de l'existence humaine : « Le soleil court, l'ombre s'enfuit ; l’heure s'approche et la mort nous suit ».
Ce cadran solaire horizontal prévu pour une latitude fixe de 48°50 permet de donner l'heure pour le lieu précis où il est installé. Le style est pointé vers le nord de sorte que son ombre est projetée au cours de la journée d'une graduation à l'autre.
Un cadran solaire mural dont la face est orientée vers le sud porte des graduations numérotées dans l'ordre inverse.
À la différence des cadrans solaires fixes dont la position est calculée une fois pour toutes par rapport à la course diurne du soleil, ces petits cadrans solaires portatifs sont mobiles et doivent donc être orientés à chaque utilisation.
C'est pour cette raison qu'ils comportent à la fois une boussole qui permet d'orienter le style vers le nord et un dispositif pour régler l'angle du style par rapport à l'horizontale. Ce réglage permet de s'adapter à la latitude du lieu où l'on se trouve pour faciliter leur usage.
Ces cadrans comportent généralement l'indication gravée de la latitude des principales villes d'Europe
Quoique très utilisé par les horlogers pour régler leurs mécanismes, le cadran solaire n'est pas un instrument facile d'usage. En effet la course du soleil dans le ciel n'est pas régulière et le passage du soleil au zénith qu'on appelle le midi vrai ne correspond pas au midi moyen régulier donné par la montre à 12h00 précises.
La différence, qu'on appelle équation du temps, varie de quelques minutes d'avance ou de retard selon la période de l'année.
Cette équation du temps se calcule : elle est représentée pour beaucoup de cadrans solaires par une courbe en forme de 8 ; quand l'ombre passe sur cette courbe c'est le midi moyen, quand elle passe sur la méridienne c'est le midi vrai.
Ce calculateur permet de déterminer cette équation du temps pour chaque date de l'année.
Pour cette horloge, ce n'est pas une cloche qui se charge du réveil, mais un petit canon !
Sur le cadran principal, on lit l'heure, les quarts d'heure et les phases de la lune, et on règle le réveil.
Au revers, un cadran indique le temps au bout duquel il faudra remonter la sonnerie.
Cette horloge possède un affichage de l'heure particulier : une aiguille incurvée est placée au-dessus de la cloche et, en tournant, elle indique l'heure.
Sur le cadran, les chiffres romains en relief permettent de trouver l'heure, même dans l'obscurité, à tâtons.
Cette veilleuse consume progressivement l'huile contenue dans une ampoule de verre aujourd'hui disparue.
En connaissant la vitesse de combustion de l'huile, on peut mesurer le temps qui est passé. Son niveau visible dans l'ampoule est comparé à la graduation du montant métallique de la veilleuse.
Il existait également des bougies graduées qui fonctionnaient de façon similaire.
Une clepsydre est une horloge à eau. Ce type à tambour métallique, très utilisé en France notamment dans les campagnes, fonctionne en circuit fermé.
L'intérieur du tambour est compartimenté en quartiers par des cloisons. De l'eau y est enfermée qui coule très doucement d'un compartiment à l'autre par un petit orifice pratiqué dans chaque cloison.
Ainsi, le poids de l'eau en changeant de compartiment modifie la répartition du poids dans le tambour et le fait tourner lentement sur son axe. Il descend progressivement et la durée de sa course est mesurée par la graduation indiquée sur les montants de la clepsydre
Cette petite horloge transportable, au bout d'une chaînette, représente une forme de transition vers la montre.
Une aiguille, aujourd'hui disparue, indiquait l'heure sur le pourtour gradué.
Très en vogue entre 1690 et 1720 les cadrans "Jour et nuit" sont dépourvus d’aiguille.
Un disque mobile, tournant en 24 heures, porte deux index représentant le soleil et la lune qui défilent devant les graduations pour indiquer l'un les 12 heures de jour et l'autre les 12 heures de nuit.
Si l'horlogerie se miniaturise on trouve aussi des montres de grande taille appelées montres de chevet ou montres de carrosse
Trois cadrans en argent sur un fond en laiton indiquent : à gauche, l'âge de la lune et les signes du zodiaque ; à droite, le quantième du mois et en bas, les heures en chiffres romains.
De part et d'autre du cadran horaire, deux guichets affichent les jours de la semaine et les mois.
Malgré l'imprécision des premières montres, les complications astronomiques font leur apparition dès le 16e siècle.
Cette montre de fantaisie de forme octogonale dans un boîtier en cristal de roche est représentative de la richesse et de la finesse du travail dans le décor de la montre au 17e siècle.
La transparence du cristal permet de consulter l’heure sans ouvrir le boîtier et laisse admirer le travail de peinture sur émail du cadran.
Ce planétaire est une œuvre de jeunesse d'Antide Janvier qu'il a présentée à l'académie de Besançon à l'âge de 17 ans.
La représentation de l'univers en 3 dimensions annonce les réalisations futures de l’horloger spécialisé dans les pendules astronomiques.
Cette horloge n'a pas d'aiguilles car c'est le cadran qui tourne, et l'heure est désignée par la colombe.
La nuit, une chandelle allumée derrière l'horloge permet de lire l'heure par éclairage des chiffres découpés.
La mesure du temps étant fondée sur l'espace, les instruments de navigation marine nécessitaient un grande précision pour trouver les meilleures routes ou éviter les naufrages sur écueils.
L'impact de l'horlogerie sur l'activité commerciale ou militaire était tel que ses secrets d'innovation étaient jalousement gardés, faisant l'objet de contrebande et d'espionnage industriel.
A partir du 17e siècle jusqu'au milieu du 18e, apparaissent des montres rondes très épaisses qu'on appelle familièrement des oignons.
Caractéristiques des montres françaises de l'époque, elles possèdent un mouvement en cage c'est-à-dire dont les éléments sont disposés entre deux platines séparées par des piliers.
L'épaisseur du mécanisme est dû à la fusée très haute. Ce composant horloger est de forme relativement conique avec une rainure hélicoïdale dans lequel s’enroule une chaîne ou une corde. Cette chaîne permet de relier la fusée au barillet du mouvement et l’ensemble va donc réguler la force motrice qui est transmise au rouage du calibre.
À partir de 1675 et des travaux de Christian Huygens, le ressort spiral est adopté par les horlogers, protégé par une plaque métallique ouvragée appelée le coq.
Ce ressort offre aux montres une plus grande précision.
La plupart des montres de l'époque sont pourvues d'un échappement à roue de rencontre. Une verge munie de deux palettes s’engrène avec une roue perpendiculaire au ressort spiral.
Certaines s’agrémententde complications, comme le réveil ou la sonnerie.
A la fin du 18e siècle, notamment sous l'influence du Français Jean-Antoine Lépine, les horlogers adoptent un calibre à ponts où les différents organes mobiles de la montre sont fixés à une seule platine et retenues par des ponts qui les enjambent.
En supprimant la fusée, on obtient des montres beaucoup plus plates que les oignons.
Des cadrans d'émail blanc à bosses ou des cartouches émaillées avec des chiffres bleus sont caractéristiques des montres de la fin du 17e siècle au début du 18e.
Au 18e siècle, la peinture sur émail permet la réalisation de petits décors raffinés sur le boîtier, sur le cadran, voire sur le coq.
Appliqués sur un boîtier métallique travaillé le plus souvent par guillochage, les décors d'émail translucide permettent de créer des montres colorées et très esthétiques.
Le travail du métal de la boîte de montre atteint des sommets au 18e siècle.
Le métal gravé, ciselé ou repoussé permet le développement de décors d'une grande finesse tandis qu'un jeu d'alliages métalliques rend possible la création de décors en ors de couleur.
A la fin du 18e siècle apparaît une esthétique plus sobre qui va de pair avec la réduction de l’épaisseur des mouvements, donnant des montres plates.
La comtoise est l'horloge de parquet la plus populaire de France. Si elle apparaît aujourd'hui désuète pour certains, incontournable pour d'autres, elle a marqué le quotidien de millions de familles depuis 300 ans. Son succès est tel que le terme de comtoise est couramment employé en France pour désigner toute horloge de parquet.
La comtoise correspond cependant à un type d'horloge très spécifique, fabriqué depuis la fin du 17e siècle en Franche-Comté. C'est avant tout le mouvement, ou mécanisme, qui permet d'identifier une horloge comtoise.
Celui-ci est reconnaissable à deux caractéristiques principales :
- Il est contenu dans une «cage fer» dont les piliers supportent les axes des engrenages
- Il comporte deux rouages indépendants et montés côte à côte : un rouage pour l'affichage de l'heure, un rouage pour la sonnerie.
Simple, robuste et fiable, le mouvement de la comtoise fait son succès et l'horloge se diffuse progressivement dans toute la France.
Durant trois siècles, elle est fabriquée en Franche-Comté, dans le Jura, avec une petite production en Haute-Saône, avant de se concentrer aujourd'hui dans le Doubs, autour de Besançon.
Le musée du Temps conserve près de 60 horloges comtoises, ce qui en fait la première collection publique française, représentative des différentes évolutions techniques et esthétiques qui ont marqué l'histoire de cette production emblématique de l'horlogerie française.
Je l'avoue, je ne me suis pas attardée car la comtoise, très bruyante, a pourri mon enfance : d'aucuns qui en avaient hérité de leurs aieux, les gardaient en appartement. Or, si l'objet était acceptable dans de vieilles maisons, son tic-tac et sa sonnerie avaient une résonance épouvantable qui traversait les cloisons.
Constituant une exception au quasi-monopole de Besançon en la matière, l'entreprise Frainier à Morteau se spécialise dans la fabrication de boîtiers de montres. Elle est renommée pour la qualité et la grande variété de ses décors et crée même une école interne de dessins et de gravures en 1905.
Les patronnes sont des modèles gravés pour le décor de boîtiers de montres.
Souvent réalisés d'après un dessin sur carton, elles sont reproduites à plus petite échelle à l'aide d'un pantographe sur une matrice en métal qui sert ensuite à imprimer le motif sur le boîtier de montre en métal..
À la fin du 19e siècle, le métier de graveur de boîtiers de montre s'apprend à l'École des Beaux-Arts de Besançon, qui propose un cours d'arts décoratifs et de dessin industriel, ainsi que dans un cours de gravure dispensé à l'École d'horlogerie.
Urbain Adam, horloger d'édifices de Colmar, est l'inventeur avec Caroline Garein d'une machine à coudre automatique, fondionnant sans pédale grâce à un rouage d'horlogerie. L'énergie est fournie par des barillets à ressorts.
J'aurais aimé la voir fonctionner !
Cette horloge à automates est l'œuvre de monsieur Petit, tonnelier à Cuiseaux (Saône-et-Loire) et horloger amateur. Présentée ici sans son buffet de bois, l'horloge dévoile son mouvement et les mécanismes de déclenchement des cinq automates, sculptés dans du chêne.
Hommage à la profession de tonnelier, Bacchus, assis au centre sur un tonneau, frappe les heures sur une cloche. Placés de part et d'autre, un forgeron et un paysan sonnent les quarts. Dans la partie haute, deux personnages représentant la France, et Jeanne d'Arc défilent à midi et à minuit.
Si elle n'est pas remarquable par son mouvement de construction simple, cette horloge est un émouvant témoignage d'art populaire.
Ces horloges-mères utilisées avec la méridienne de l’Observatoire de Besançon ont une précision horaire extrême.
Elles témoignent d’une forme d’aboutissement de l’horlogerie mécanique, tout en ayant un entretien électrique.
Leur balancier oscille dans une cuve où la pression est contrôlée, ce qui limite les frottements de l’air et assure une grande régularité de marche.
Pour garantir une précision optimale, elles sont placées à l’Observatoire au fond d‘un puits de plusieurs mètres de profondeur, à l’abri des vibrations et des variations de température.
Ce dispositif mis en place à l’Observatoire de Paris indiquent à la fois le temps moyen et le temps sidéral.
Ce tableau recevait électriquement le signal horaire de l'Observatoire de Besançon.
Installé à l'Hôtel de Ville, il symbolisait l'heure officielle, et les horlogers venaient y prendre l'heure exacte.
La montre en or Leroy 01, chef-d’œuvre horloger, est également un objet hautement symbolique rappelant que l'horlogerie a toujours rimé avec savoir, pouvoir et richesse, comme un défi technique et artistique au temps qui passe.
Réalisée par L. Leroy & Cie entre 1897 et 1904, elle comporte 975 pièces dans un boîtier en or de 71 millimètres, pour un poids de 458 grammes.
Au premier plan sur le boîtier, on trouvent les trois Parques, déesses de la mythologie grecque.
Sur la droite, Clotho, la Fileuse, tient une quenouille et tisse le fil de la vie. Sur la gauche, Lachésis, la Destinée, le déroule et le mesure. Au sommet, Atropos l'inflexible, coupe le fil avec ses ciseaux.
Au bas du boîtier, le Temps est personnifié par Chronos, sous la forme d'un vieillard ailé, accompagné d'une faux et d'un sablier.
Au centre, le monogramme CM rappelle que Carvalho Monteiro est à l'origine de cette œuvre unique.
Répartis sur la circonférence du boîtier, différents motifs nationaux évoquent l'histoire du Portugal intimement liée aux grandes découvertes maritimes : une sphère armillaire, les armoiries et deux croix des ordres religieux fondateurs du pays. Le motif de la corde, omniprésent, fait le lien entre tous les symboles.
Enfin, la couronne royale et le heaume évoquent l'attachement de Carvalho Monteiro à la monarchie portugaise dont il est un fervent défenseur.
lncarnation des croyances de Carvalho Monteiro, la profusion de symboles évoque la connexion entre un ordre temporel sur Terre et un ordre cosmique intemporel.
La montre comporte pas moins de 24 complications. Afin d’utiliser au mieux la place réduite, elle possède un cadran sur chaque face. Chaque côté présente 11 fonctions, 2 autres fonctions supplémentaires sont uniquement audibles (une grande sonnerie, une répétition des heures).
Cette montre indique par exemple l’heure de 125 villes du monde, les saisons, les solstices et les équinoxes, elle contient un calendrier perpétuel, un hygromètre, un baromètre, et un altimètre.
Trois cartes célestes interchangeables montrent l’état du ciel à Lisbonne, Paris ou Rio de Janeiro en portant plus de 600 étoiles sur moins de 3 cm
Ce coffret en ébène permettait de transporter la Leroy 01 et de conserver des pièces détachées. On y trouve notamment des rubis et des aiguilles ainsi que des instruments nécessaires à la manipulation
D'autres éléments sont destinés à remplacer ceux actuellement en place dans la montre. Les ciels de Rio de Janeiro et de Paris peuvent être substitués au ciel de Lisbonne;
Neuf disques supplémentaires permettent l'affichage de l'année sur une durée d'un siècle.