L’IVAM (Institut Valencià d'Art Modern)-Centre José González a été le premier musée d’art moderne d’Espagne et demeure une institution de référence.
Conçu par les architectes valenciens Carlos Salvadores et Emilio Jiménez, il a ouvert ses portes en 1989 dans le quartier du Carmen.
Le musée possède une collection d’art des 20e et 21e siècles mais il doit la présenter en rotation car je n'ai rien vu. De plus, j'espérais voir des oeuvres de Julio González en collection permanente mais il n'y avait que l'annonce d'une exposition pour le mois suivant.
Bref, lors de ma visite, il n'y avait que deux installations d'art conceptuel dont j'avoue que je ne suis pas férue, donc je me suis simplement laissée porter par la flânerie.
Voici la présentation de l'installation :
«Entre les profondeurs et l'horizon lointain», conçu spécifiquement pour l'IVAM, qui prend pour point de départ « Le Sortilège du Sensuel » de David Abram. Ce dernier, s'appuyant sur la philosophie phénoménologique et les conceptions du temps présentes dans diverses cosmologies autochtones, propose que le temps soit inscrit dans le paysage. Dans la vision d'Abram, passé et futur coexistent au sein du présent et sont spatialement situés : le passé se cache sous des couches de matière – strates de terre, anneaux coralliens, zones anciennes du cerveau – et soutient le présent. Le futur, en revanche, demeure à l'horizon : un seuil reliant le territoire que nous habitons à ce qui s'étend au-delà, s'éloignant à mesure que nous avançons vers lui.
À partir de cette idée, l'installation inférieure explore des formes du passé inscrites dans l'espace, invisibles à l'expérience, et invite les visiteurs à pénétrer en territoire inconnu. L'œuvre évoque une intériorité – grotte, terre, corps, monde souterrain, matrice – en agençant ses éléments de manière à envelopper le spectateur, lui permettant de se déplacer entre des strates rappelant les cernes d'un arbre ou les replis d'une grotte.
Au centre de l'espace, la présence d'un serpent mythique est suggérée – un habitant ancestral de l'imaginaire souterrain à travers de nombreuses cultures.
À l'étage, une ligne métallique trace le périmètre de la pièce comme un horizon, presque à portée de main, interrompue par des sculptures qui en modifient le tracé. L'installation entre en dialogue avec le système des ceques du monde andin précolombien – un réseau de lignes sacrées rayonnant du centre de la cité vers l'horizon, reliant les huacas (lieux sacrés) et établissant une correspondance entre l'espace et le temps. Chaque huaca marquait des moments du calendrier inca. En ce sens, les interruptions qui rompent la ligne évoquent ces huacas comme des repères temporels.
Les deux installations sont reliées par une intervention sur l'escalier, de sorte que l'ascension évoque le franchissement d'un seuil – le passage d'un état à un autre. Cet axe vertical fonctionne comme une rupture dans la continuité, un « maintenant » qui traverse les strates du temps. Entre le profond et le lointain explore la manière dont le temps s'ancre dans le paysage, reconnaissant que toute géographie est, par essence, temporelle.
Bref, c'est beaucoup de baratin mais moi, je me suis simplement promenée, et c'était plaisant.
L'autre installation Entre el faro y el abismo s'inscrit dans le cycle d'expositions Territorios en tránsito/Solo dúo, une plateforme d'échange et de diffusion qui met en relation des artistes issus de contextes institutionnels et géographiques variés.
Voici la présentation :
Deux créatrices, l’une invitée par une institution partenaire et l’autre liée à la Communauté valencienne, créent un parcours partagé sur deux sites et deux périodes d’exposition. Ce format favorise le croisement des regards, des langages et des territoires, stimulant des réseaux de collaboration qui élargissent la portée du tissu artistique contemporain.
Cette exposition propose de penser la mer non pas comme une limite, mais comme un territoire : un corps vivant, changeant, où la cartographie se dissout et où les frontières ne sont pas tracées par des lignes fixes, mais par des courants, des marées et des temporalités. Plus qu’un horizon liquide, la mer apparaît comme une géographie instable, un espace que l’on ne foule pas mais qui soutient la mobilité des corps, des mémoires et des matériaux.
C'est une immersion intéressante mais difficile à photographier car soit la lumière est écrasante, soit l'exposition est dans l'obscurité. J'ai donc mis à la fin une vidéo officielle.
L'assemblage suivant est un morceau de bois de noria restauré et un volume en impression 3D fait avec un filament sans perturbateurs endocriniens à base de coquille saint-jacques, en collaboration avec Jordi Ribas Ros.
Le mur suivant associe études marines et observations astronomiques pour examiner comment les déchets présents dans l'océan et le cosmos influencent notre perception des écosystèmes. De cette intersection naît un bestiaire composé de créatures imaginaires inspirées des habitats abyssaux, soulignant l'urgence d'étudier et de préserver ces environnements encore largement inexplorés. Le processus débute par la collecte de déchets sur le littoral, documentée par des photographies sur papier dont le grammage confère de la texture à l'image finale.
Après numérisation, ces documents sont transformés en sérigraphies en noir et blanc qui évoquent la capture d'organismes des profondeurs et, simultanément, l'esthétique d'une radiographie. Ces œuvres invitent à une réflexion sur la fragilité du milieu marin et sur l'expansion de la pollution au-delà du visible, reliant océan et cosmos à travers un inventaire de formes émergeant de ses zones les plus reculées.
Le collier de sirène qui suit est né de la découverte d'une corde et de filets enfouis dans le sable à l'embouchure du Douro, à Porto, en 2007.
Comme dans un acte de sauvetage, ces matériaux furent transportés à l'atelier de l'artiste, de l'autre côté de la péninsule Ibérique, pour y être travaillés. Un à un, les filets furent cousus à la corde, et des clochettes furent ajoutées à chaque extrémité des brins effilochés. Une partie de la corde est enveloppée de soie, sur laquelle sont inscrits des fragments de l'histoire d'une sirène prisonnière au fond de la mer.
L'œuvre fonctionne comme une allégorie des pièges et des obstacles que nous devons surmonter pour atteindre la véritable liberté et retrouver le chemin de notre développement personnel. Chacun de nous est capable, même si cela demande des efforts, de se libérer des chaînes qui nous entraînent dans les ténèbres et de remonter à la surface pour respirer.
La série Acariciar un campo peligroso (Caresser un champ dangereux) a vu le jour en 2007 avec l'intention de représenter un paysage monochrome et une couche protectrice pour un tissu.
La série se compose de tissus de soie sauvage dans lesquels des milliers d'épingles ont été enfoncées.
Il en résulte une feuille métallique brillante qui protège la surface, mais la marque aussi. En créant une seconde peau pour un tissu d'une seule couleur et en le tendant sur un cadre, on obtient un paysage imaginaire. Chaque fois qu'une couleur différente est utilisée ou que la hauteur de l'horizon est définie, le paysage représenté a un nouveau point de référence. Ici, c'est la mer bleue. Pluie sur la mer outremer. Evocation minimaliste du souvenir de la mer.
L'œuvre suivante évoque à la fois un paysage et une épiderme. C'est une bande de toile peinte de différentes tonalités chaudes qui se superposent, fruit de la recherche d'un spectre chromatique de peau, de terre et de feu.
Elle fait allusion à ces montagnes, désormais éloignées de la mer, où subsistent les dunes sédimentées, à ces mers disparues il y a des millions d'années, à cette géologie qui nous rend si petits.
Anna TALENS - Estratigrafía de una duna, 2020 - Acrylique, feuille d'argent et feuille de cuivre sur toile de coton
La bio-encroûtement est un processus naturel par lequel des organismes aquatiques, tels que plantes, animaux et micro-organismes, s'accumulent sur des surfaces et des structures immergées. Cette sculpture est constituée d'une poutre de bois massive, presque brute, comme un fragment arraché à un quai ou à la quille d'un navire, sur laquelle sont collés des fragments d'anciennes cloisons en verre coloré.
Ces morceaux de verre irréguliers et translucides portent les marques du temps et, regroupés, évoquent un banc de poissons glissant autour d'un axe silencieux. De leur convergence naît une forme hybride, suspendue entre le construit et le vivant, entre épave et dérive.
Anna TALENS - Incrustaciones de una casa a la deriva, "biofouling", 2025 - Fragments de verre et bois
Nous nous aventurons dans les profondeurs marines, là où le phare ne nous éclaire plus. Seules nos pensées et nos yeux grands ouverts révèlent peu à peu des êtres, des créatures, des objets et de minuscules visions. Nous rencontrons une multitude de vies dans cette mer obscure et mystérieuse.
Des êtres lumineux, tels de petites installations aux interventions subtiles qui exigent un regard lent et attentif, éclaircissant progressivement la rétine. Ils nous rappellent la richesse des fonds marins et nous sensibilisent à leur préservation. Délicates et poétiques, certaines de ces créatures se métamorphosent au gré de leurs pérégrinations, comme dans une vision sous-marine.
Des organismes suspendus dans un état intermédiaire, créatures à la fois familières et indéchiffrables, semblent communiquer entre eux depuis un silence abyssal que la pièce sonore cherche à éveiller. Un nouveau territoire sera exploré par quelques-uns et toujours décrit d'une manière magique et mystérieuse.
Anna TALENS - Red roja (Filet rouge) II, 2024- Série Recipientes para el viento (Récipients pour le vent)
Anna TALENS - Red azul (Filet bleu), 2011 - Série Recipientes para el viento (Récipients pour le vent)
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