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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Univers coeurcéral

Publié le 15 Mars 2016 par Baronne Samedi in Lecture

La Cage : dedans

J'en ai vite fait le tour. Je l'ai même mesurée : cinq regrets de long, deux dégoûts de large. C'est petit mais c'est très puissant.

Elle a grosso modo le volume d'une cruelle déception. Le sol est fait de désillusions bien tranchantes et, par-dessus, les questions sans réponse font plafond. La grille, je la vois mal mais sa présence pèse comme autant de murs.

Je ne sais pas si la Cage résonne, je n'ai plus de voix. Ça sent la souffrance et l'ozone.

J'ai usé ma peau contre les barreaux. A chaque élan de révolte et de rancune qui m'a jetée contre eux, la grille m'a renvoyée aux regrets, au dégoût et m'a couchée le dos dans les désillusions.

J'ai remâché ma haine et je l'ai recrachée. Avec toutes les larmes, ça m'englue dans une déjection de souffrance obscène qui me rend abjecte.

 

La Cage : dehors

Je ne sais pas ce qu'il y a en-dehors de la cage mais lorsqu'abrutie de chagrin, je reste immobile, je discerne une lueur chiche qui filtre quelque part entre deux barreaux. Elle ne rayonne pas mais je m'y attarde. Elle a quelque chose qui m'aide à faire reculer la souffrance.

 

La Cage, dehors : la lueur

J'ai pris le temps de scruter la lueur. Plus le temps passe et plus j'en comprends la nature.

De l'ironie. Je reconnais cette emprise féroce que même la Cage ne peut tenir dehors. Elle est forte comme une mâchoire qui se serre sur le vide.

 

La Cage, dedans : je

Je m'enroule autour de la lueur et je ne bouge plus, je sens frémir le vide. Je réfléchis. J'ai fini par comprendre que chaque fois que je me débats en tournant le dos à la lueur, les barreaux s'épaississent et la Cage se fait plus oppressante.

 

La Cage : sortir

Soudain, j'en ai marre de cette taule. Même Geôlier a pris la fuite pour ne pas la voir. Il a détalé pour que rien de ma souffrance ne puisse le toucher. Pas de Geôlier... pas de clé à arracher... pas de revanche à méditer... On ne se venge pas d'un lâche en piétinant son ombre...

 

J'ai compris.

                               C'est moi qui contrôle la Cage. Je SUIS la Cage.

Ça me tire un grognement de surprise, un râle de dépit, un cri qui monte vers la lueur et me libère en se nourrissant de l'ironie qu'elle engendre.

Toute la puissance de la Cage, je l'ai bâtie de toute mon énergie. Je mesure ma force à l'échelle de cette puissance et j'y compare le spasme apeuré de Geôlier, le fuyard qui ne m'a fait que trébucher avant de détaler.

Le rire vient, nourri de l'ironie de la situation et qui fait se dissoudre les barreaux.

Trois pas dans la sérénité et la lueur devient lumière, aveuglante d'évidence.

Je vois Geôlier qui court encore. Prisonnier de sa fuite, sait-il seulement qui est désormais dans la Cage ?

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Big Bad Pete 30/04/2011 03:57


Très puissant est ce texte. Inspiré et habité par la Force il est !


Baronne Samedi 30/04/2011 11:18



Merci ! C'est après l'avoir écrit que j'avais compris ce que "catharsis" veut dire... Il est sorti tel quel et même après plusieurs relectures, je n'ai jamais pu le modifier.



l'agnès masquée 28/04/2011 23:46


superbe ! que tous les psychiatres/logue de pacotille en prennent de la graine...
tu as redonné la liberté à l'oiseau de paradis...bon vol


Baronne Samedi 29/04/2011 21:11



Les mots, c'est très puissant (et même pas besoin d'en dire des gros ;-)