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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Nazar le brave (Քաջ Նազար)

Publié le 2 Décembre 2015 par Baronne Samedi in Lecture

Au détour d'une boutique de Yerevan, j'ai trouvé un personnage de conte arménien de Hovhannes Toumanian qui a bercé mon enfance : Nazar le Brave (Քաջ Նազար).

C'était un bon à rien, toujours dans les jupes de sa femme, qui se vantait sans cesse de ses futurs  exploits. Ses voisins l'avaient baptisé Nazar-le-Froussard.

A force de fanfaronnades, il finit par agacer sa femme qui le jeta dehors.

Le voilà donc vautré dans l'herbe, somnolant au soleil, environné de mouches. Il est si paresseux qu'au début, il ne fait pas un geste pour les chasser.  Mais elle finissent par lui couvrir la figure et là, d'un geste, il les balaye toutes.

Tout fier, il veut savoir combien il en a tué mais il perd vite le compte. Il court raconter son exploit au prêtre du village et lui demande d'écrire ce haut fait sur une bannière pour que sa gloire soit connue de tous. Amusé, le prêtre découpe un vieux drap et calligraphie soigneusement :

"Nazar le Brave, héros sans peur,

Frappe un seul coup et mille en meurent"

La bannière montée sur un bâton, un sabre rouillé au côté, Nazar monté sur un âne part explorer le monde.  A mesure qu'il s'enfonce dans la forêt, l'exaltation retombe et le voilà qui siffle, chante et parle à son âne pour se donner du courage.

Nazar le brave (Քաջ Նազար)

Après diverses péripéties, il se réveille entouré de géants. Il se lève et a si peur que, les pieds rivés au sol, il devient blême et tremble de tous ses membres.

Les géants, voyant qu'il ne se sauve pas, croient qu'il tremble de rage et lisant la bannière pensent que leur heure est venue : ils tombent à genoux pour demander grâce à Nazar le Brave et l'installe dans leur château où il séduit une belle jeune femme et s'invente moults exploits.

Un jour, un tigre est repéré tout près et les villageois affolés supplient Nazar de les sauver. Poussé par la foule, armé jusqu'aux dents, le voilà contraint de retourner dans la forêt. Dès qu'il se sait hors de vue, il lâche son arsenal et se précipite en haut d'un arbre au pied duquel le tigre arrive bien vite.

Nazar tremble tellement qu'il tombe de la branche et se retrouve sur le dos du tigre !

L'animal fou de rage se met à courir tandis que Nazar s'agrippe de crainte de tomber sous ses pattes.  Bientôt le village est en vue et la foule se met à hurler : "Regardez Nazar le Brave ! Il a dompté le tigre comme un cheval !" et d'aucuns s'occupent de trucider la bête.

Une autre fois, une troupe ennemie marche sur le château et les géants font de Nazar le chef de leur armée. Ils le posent sur un grand cheval noir mais l'animal comprend vite que le pauvre homme n'a pas d'autorité. Il part au grand galop et Nazar, paniqué, tend le bras vers un arbre pour tenter de s'y réfugier.

Hélas ! L'arbre est vieux et sec et voilà Nazar, lancé au galop, brandissant une énorme branche comme s'il était armé. 

Tout le village est impressionné : "Regardez Nazar le Brave ! Il charge tout seul, emportant les arbres sur son passage" et les hommes, encouragés, s'élancent pour gagner la bataille.

Après cet exploit, Nazar est devenu le roi.

On dit qu'il vit toujours et quand on parle devant lui de courage, d'intelligence et de talent, il s'esclaffe : "Quel courage ? Quelle intelligence ? Quel talent ? Ces mots-là  ne veulent rien dire !  Tout tient à la chance : ayez de la chance et  votre vie sera une fête".

 

Commenter cet article

Big Bad Pete 18/06/2012 12:42

Très plaisante, cette histoire !

Baronne Samedi 18/06/2012 19:12



Hé ! Hé ! Parfois le destin nous est favorable...



aszeb 17/06/2012 10:27

Un peu injuste mais il me plait bien ce conte...

Baronne Samedi 17/06/2012 15:50



Il faut bien admettre qu'on connaît tous un bon à rien à qui tout sourit... Il n'y a pas de justice immanente.



l'agnès masquée 08/06/2012 16:32

à quoi ça tient...pour soi et les autres...

Baronne Samedi 08/06/2012 19:22



Voilà. Hum.



Albert Antranik 08/06/2012 08:57

Vaï vaï ! ça me rappelle les histoires que me contait mon grand père !
La conclusion est très juste. Je vais y rajouter la mienne : la vie est une succession de hasards plus ou moins heureux.
Abriss !

Baronne Samedi 08/06/2012 19:21



Hé ! Hé !