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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

La résignation est un suicide quotidien

Publié le 13 Février 2013 par Baronne Samedi in Humeur

Il y a environ 25 ans, j'occupais un premier emploi qui perdait rapidement le charme de la nouveauté. Pour m'y rendre, je dévalais à pied, chaque matin, les pentes de la X-rousse.

 

C'étaient les années 80 et les graffiti commençaient à envahir les murs. Je dis bien graffiti et non tags, car il s'agissait encore de propager des messages destinés à titiller l'esprit et non de seulement pisser une signature pour se sentir exister.

 

Juste à côté de "La France aux Français", on avait ajouté "Et la Bourgogne aux escargots !". Plus loin, on nous suggérait  "Laissez-vous pousser les dents !"

 

Mes nuits étaient celles de l'époque, foisonnantes et peu propices au sommeil, aussi mon trajet du matin se faisait-il dans un état second, rendant mon cerveau perméable à ce joyeux bazar.

 

Un matin, immense, arrogant, il y avait cet énorme


LA RESIGNATION EST UN SUICIDE QUOTIDIEN

 

Gna gna gna, pensai-je vaguement agacée. C'était pompeux, même pas drôle, de la philosophie de comptoir, en somme.

 

Jour après jour, je m'efforçais d'aller au travail, de moins en moins intéressée, me consolant la nuit de fête en fête, sans parvenir à combattre l'ennui de la journée. Mais il fallait bien gagner sa croûte et puis, encore débutante, j'étais déjà bien contente d'avoir un travail, si barbant fût-il.


Mais tous les matins, c'était là 


LA RESIGNATION EST UN SUICIDE QUOTIDIEN


et malgré moi, je tournais et retournais les mots dans ma tête. 

 

Il a bien fallu quelques semaines mais un matin, alors que je m'habillais en tentant de me convaincre qu'il faut bien accepter ce qui vient et que c'est ça, la maturité ; à ce moment-là, l'idée m'a traversé l'esprit que faire les choses à contrecoeur, c'était la mort de l'envie. 

 

Dans un éblouissement, j'ai compris que

 

LA RESIGNATION EST UN SUICIDE QUOTIDIEN


C'était agaçant. J'étais conditionnée par un pompeux slogan.

 

N'empêche que ce jour-là, j'ai démissionné pour chercher un meilleur travail.

 

L'année dernière, en relisant Balzac, je me suis aperçue que cette phrase est prononcée par Lucien de Rubempré à la fin de "Illusions perdues", quand il se jure de retourner un jour tenter sa chance à Paris.


La transmission emprunte parfois des voies étranges.

 

 

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