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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

De la sueur et du sang

Publié le 26 Novembre 2010 par Baronne Samedi in Art et spectacles

Depuis longtemps, je sais que je ne suis pas une artiste.

Enfant, j'ai appris la danse classique mais mon gabarit ne m'offrait guère d'avenir. Au moins, j'ai conscience de ce que signifie danser sur les pointes et  ce qu'exige la perfection. 

J'ai étudié le piano, je pouvais déchiffrer honorablement une partition à deux mains, mais le terme "exécuter un morceau" convenait trop bien au manque d'inspiration de mon jeu. J'ai pris la mesure d'un Thelonius Monk ou d'un Rachmaninov.

Quelques années plus tard, pour n'avoir aucun regret, j'ai osé tenter le saxophone (les années 80 faisaient enfin la peau aux miaulements des guitareux). Je m'imaginais déjà jouer à la lune, nonchalamment assise sur l'appui de ma fenêtre sous les toits.

J'avais trop écouté "Walk on the wild side" et grande fut la déception quand j'ai découvert que l'on commence par l'alto, d'autant que vu ma hauteur, le ténor me serait  arrivé aux genoux.  La deuxième découverte fut que cet instrument n'est pas l'apanage des gens "cool" par hasard : on pose sa lèvre inférieure sur les dents, on pose l'anche par-dessus et si on est du genre crispé, on finit par saigner tout en produisant des sons à repousser le fisc.

J'ai travaillé dur, j'ai réussi à produire de jolis sons moelleux mais en pure perte car, hors partition, rien. Je sais maintenant la valeur d'un Dexter Gordon.

Vint le temps du chant : classique, rock,jazz. Même contrainte d'être détendu mais au moins, ça sort en direct. On pense que le plus dur est de chanter juste. Eh bien, non, ça s'apprend à moins d'être sourd. En revanche chanter juste ne suffit pas, parfois même cest  inutile : écoutez Bowie, Bono, Faithfull...

Il faut développer un timbre, cette texture inimitable qui caractérise la voix et transmet l'émotion. J'y venais mais après deux  professeur décédés, trois qui ont déménagé, une qui a préféré s'occuper de bêtes à concours et une chorale de gospel qui s'est dissoute, je fais avec ce que j'ai pour le plus grand bonheur de mes amis imaginaires.

J'ai fait du modelage et croyez-moi, brasser dans la terre permet de prendre la mesure d'un Pompon ou Lipschitz.

Ma dernière lubie a été la mosaïque catalane, après une splendide exposition du couple Secall. Je me voyais déjà créer une salle de bains jubilatoire, à faire pâlir Gaudi. J'ai donc suivi un stage de cinq jours chez les Secall pour apprendre la technique. Pensant naïvement qu'on remettrait au propre le dessin approximatif que j'avais préparé pour mon motif, je me suis retrouvée avec la transposition exacte de mon crobar sur un panneau qui ne paraissait somme toute pas très grand, à peine de quoi faire une table basse.

Pendant cinq jours pleins et même deux soirées, munie d'un marteau et d'une pince dite "japonaise" j'ai affronté  le grès et la faïence. Le premier meurtrit les mains, la seconde produit de fines échardes qui s'enfoncent sous la peau, invisibles à l'oeil.

On travaille debout, courbé sur le plateau, on casse, on coupe et surtout, sans retailler, on essaie de placer les éclats obtenus sur le dessin. Au bout de deux jours, j'avais un hématome dans la main, les lombaires tétanisées et l'impression que jamais je ne finirais ce travail.

Le soir,  je voyais danser les morceaux sous mes paupières et au matin, je n'arrivais pas à les placer. Je précise que je n'ai pas de représentation spatiale et que ce handicap s'est révélé le pire ennemi.

Ne sachant pas dessiner, j'ai rendu mon sujet fort mal proportionné. En outre,  le rouge est trop clair (grès) car  le bordeau que je convoitais était une faïence trop difficile à travailler pour une débutante.

Mais aussi kitsch soit-elle, c'est ma mosaïque,  je l'ai faite dans la sueur, le sang et même les larmes.

Alors, elle est en bonne place chez moi et comme le ridicule ne tue pas, je vous l'assène ici, parce qu'il n'y a pas de raison que j'aie été la seule à souffrir :

 

Faune

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AD-Mary44 devenue 49 25/12/2010 11:30


Bon, je me reconnais un peu et pour te consoler je vais te dire ce que m'a déclaré mon prof de sculpture.
Tu veux être trop "PARFAITE" alors tu te dévalorises ; et puis à regarder toujours ce qui est le plus BEAU te rend exigeante, alors continue, essaie et essaie encore... De toute façon Bourdelle
doutait encore à la fin de sa vie. ALORS !!!
Heureuse d'avoir découvert ton blog grâce à des recherches sur Cal Lade.


Baronne Samedi 27/11/2014 17:03

Bientôt Croix-Roussienne, donc ;-)

Baronne Samedi 25/12/2010 14:24



L'art rapproche :)