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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Arménie - En mission pour Big Bad Pete

Publié le 1 Juin 2012 par Baronne Samedi in Arménie

Pendant mon séjour, j’étais aussi en mission pour Big Bad Pete. Cet ailurophile et guitariste patenté s’est pris de passion pour un chapeau qu’il a découvert lors d’un concert. Ledit couvre-chef est une pièce de certains costumes traditionnels arméniens au même titre que le béret ou le bigouden :

 

carpet hat

 

 

Je me suis donc engagée, inconsidérément, à en rapporter un à Big Bad Pete. Pour cela, encore fallait-il savoir comme ça s’appelle en arménien. Inutile de ricaner : je parie que vous ignorez le nom donné au béret traditionnel des étudiants de médecine...

 

Comme je le disais plus haut, je suis opiniâtre et, à défaut de Graal, je tenais là une quête. J’ai commencé par fouiller la Toile à la recherche d’un site dédié à l’histoire du costume, en français, anglais ou arménien, en vain. J’ai ensuite interrogé divers Arméniens de rencontre qui m'ont répondu que c’était un chapeau et voilà tout.  

 

En digne membre de la Société Sherlock Holmes de France, je ne me suis pas découragée pour autant. L’auberge étant pleine de routards accomplis, j’ai chopé une Italienne, un Iranien puis un Géorgien pour leur demander si, dans leur langue, ils pourraient trouver une source d’information. 

 

Pas moyen !

 

C'est Yana Nazaryans, la sagace propriétaire de l'auberge Penthouse, qui a fait aboutir la quête. Grâce à sa maîtrise des langues et son aisance sur la Toile, elle s'est connectée à divers sites en russe jusqu'à en dégoter un listant des chapeaux du monde entier. De fil en aiguille, elle a repéré l'objet convoité, et trouvé son nom : « tassag », mot signifiant en outre « grand bol » (dédicace spéciale à Philippe Cloitre). Il est fait en tissu comme les carpettes, c’est-à-dire les tapis tissés à plat, contrairement au tapis velus en points noués.

 

J’avais le nom, il restait à trouver l’objet. Heureusement, depuis mon dernier passage dans le pays, le tassag est devenu un objet convoité comme souvenir, donc on m’a conseillé quelques magasins et le Vernissage, célèbre marché dominical.

 

L’ennui, c’est que je me suis trouvée confrontée à deux problèmes majeurs. D’une part, à force de vouloir moderniser, les motifs sont devenus tapageurs et d’autre part, ce sont surtout les touristes féminines qui les achètent pour les porter.

 

Or, bien qu’il soit d’une modestie égale à sa passion pour la musique, Big Bad Pete a bien dû avouer qu’il taille un bon 60 de tour de tête. C’est d’autant plus remarquable qu’aucun cheveu ne vient fausser la mesure puisque le Big Bad Pete est chauve comme un genou, talent qu’il partage avec l’inénarrable Pierre Dac.

 

Me voici donc sur le marché, à expliquer que je cherche un modèle pour homme, à peu près « grand comme ça ». Après avoir arpenté toutes les allées, j’ai enfin trouvé dans un recoin improbable, un marchand de carpettes qui, justement, en portait un ! En réponse à ma demande, il a sorti un grand sac plein de tassags en vrac... à charge pour moi d’identifier la taille.

 

Sachant que mon sens des dimensions est aussi médiocre que mon sens de l’orientation, l’affaire était épineuse. Dans une soudaine inspiration, je me suis souvenue avoir moi-même un bon tour de tête et j’ai opté pour la solution la plus simple : essayer jusqu’à ce qu’il y en ait un trop grand pour moi.

 

Je vous laisse imaginer l’hilarité du marchand et ses voisins quand la Baronne, très chic en robe de popeline noire et souliers vernis, s’est affublée tour à tour d’une vingtaine de bonnets de paysan.  

 

La prestation a aussi fait la joie des passants dont certains ont aussitôt commencé à farfouiller dans le sac, voyant que les motifs étaient plus authentiques que d’autres, en début de marché. Ravi de l’aubaine publicitaire, le marchand m’a fait apporter une tasse de café pour me soutenir dans mes efforts.

 

Tout ça était bien charmant mais, au bout du compte, rien n’était à la mesure du Pete. Une  tragédie se profilait. Etre si près du but et repartir bredouille ? Je ne savais plus où chercher.

 

C’est là que j’ai remarqué que le marchand, un homme de belle stature, avait lui-même un teston des plus amples. J’étais en mission pour Big Bad Pete, donc portée par l’enthousiasme, je suis allée jusqu’à demandé à essayer le sien.

 

L’homme était réticent alors, dans un accès de vilénie qui me bourrellera de remords jusqu’à la fin de mes jours, je suis allée jusqu’à mentir en prétendant que le cadeau était pour mon mari que je ne voulais pas décevoir.

 

L’argument fut décisif, la vente s’est faite et j’ai pu repartir avec mon trophée sous le bras.

 

Pete, si tu me lis, sache qu’une telle bassesse ne se reproduira pas : lorsque tu auras ton tassag, tu feras bien de ne pas le perdre car il n’y en aura pas d’autre...

 

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Albert Antranik 02/06/2012 09:33

WOaaaahhhhhh !
J'ai bien ri de bon matin !
Je me suis fait un film de la scène pour cet achat peu commun.
Il faut dire que la manière de le raconter y est pour beaucoup.
Le vernissage est un lieu typique de Erevan où on trouve tout et rien. Le beau côtoie le bric et le broc. J'y ai acheté un "doudouk" genre de flute, d'où tirer un son est une performance.
J'avoue que bien que pourvu de mon dictionnaire, je n'aurais pas trouvé, car pour lui, "tassag" veut dire "troupe" ou "troupeau". Le mot serait dérivé du chapeau du berger ? Vas savoir !

Baronne Samedi 02/06/2012 17:18



Eh non, l'orthographe du nom est թասակ, pas դասակ donc il s'agit bien d'une référence à un bol.



l'agnès masquée 01/06/2012 18:59

ton ami te doit une éternelle reconnaissance !

euh je connais des genoux poilus, 'fin j'dis ça j'dis rien...

Baronne Samedi 02/06/2012 08:49



Ah, ben, si Madame est amie avec des yétis...



Big Bad Pete 01/06/2012 16:13

Bon, ça va, un coup de d'Armagnac, et c'est reparti !
Savez-vous Très Chère que des cohortes de nuisibles, d'inutiles, de cuistres ont eu la Légion d'Honneur pour moins que ça.
J'en dirai deux mots à François la prochaine fois que je le croise dans le Leader Price de la rue du Faubourg St Honoré.

Merci et encore merci, non pas pour le poisson, mais pour le tassag !

Baronne Samedi 02/06/2012 08:50



J'assure !



Big Bad Pete 01/06/2012 16:07

Alors, là, j'en ai le souffle coupé... Bouge pas, j'appelle le SAMU... Me faut de l'O2, là...

Baronne Samedi 02/06/2012 08:56



Ah ben non ! Tu vas pas mourir au moment où la quête a réussi !