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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

154 cm

Publié le 1 Avril 2017 par Baronne Samedi in Humeur

Dans bien des domaines, 154 cm, c’est une longueur respectable : une barre de chocolat, une écharpe en soie...

En revanche, si l’on considère ma hauteur, 154 cm, disons-le tout  net : c’est  court.

Pour une raison que j’ignore, la Nature a mis tous ses efforts pour m'équiper d'un bon cerveau et deux gros nichons au lieu d’investir dans de longues jambes.

 Vous me direz, n’étant portée ni sur  le basket-ball ni sur le  saut à la perche, où est le problème ?  Le fait est que la situation a une influence non négligeable sur ma vie

Aux boums du lycée, j’étais préposée aux  disques puisque danser était un exercice embarrassant, le nez collé au plexus de mon cavalier.

Dans les librairies,  les premiers auteurs à ma portée avaient un nom commençant par C, et je n'osais pas faire déplacer les autres pour les feuilleter.  J’ai donc  lu de Camus à Zelazny avant de m’affirmer pour aborder Anouilh et Balzac.

154 cm


A l'époque où on devait s'adresser à un guichetier  pour retirer son argent, j’ai changé de banque car la première, fondée au 19e siècle, était meublée de hauts comptoirs de chêne qui m’obligeaient à me  hisser sur la pointe des pieds pour remplir les formulaires. J’ai opté pour un autre établissement dont les bureaux avaient la grâce de ne pas monter plus haut que  mon opulente avant-scène.

Assise sur un siège de quai du métro, mes pieds ne touchent pas le sol. Je me retrouve à les balancer machinalement jusqu’à ce que le regard narquois d’un passant me rappelle que ce n'est pas digne d'une dame.

Il arrive qu’on m’ébouriffe la tête comme si j’avais huit ans... Une amie de grande taille ne peut s’empêcher de me saisir la main pour traverser la rue...

C’est infantilisant.

Dans les rayonnages de magasin, je dois grimper une ou deux étagères pour atteindre mes produits favoris car j’évite de demander de l’aide depuis qu’un homme énervé m’a assené qu’il en « avait marre qu’on le prenne pour la grue de service ».

Il m’est  pratiquement impossible de danser dans la fosse d'un grande salle de concert car je me retrouve emprisonnée dans un mur de torses et il suffit qu’un enthousiaste agite les bras pour qu’un coude me défonce le nez.

C’est dangereux.

J’aime l’opéra mais les sièges, à Lyon, ont été conçus pour ma seule torture : ils sont hauts et j’ai les pieds ballants ; ils sont courts donc l’assise me scie les cuisses au lieu de soutenir mes genoux ; ils sont étroits et je ne peux pas m’asseoir en tailleur. Et quand on demande un cale-pied, on vous propose... le rehausseur destiné aux enfants qui ne résout rien.

Les magazines sont insultants : « Vous êtes petite ? 10 trucs pour vous mettre en valeur » et en avant les ballerines, les hauts bariolés et les jupettes. Pourquoi pas les couettes et les  Chupa Chups, pendant qu’on y est ?  Apparemment, les petites sont toutes plates comme des limandes et voluptueuses comme des cure-dents.

A chaque photo de groupe, on m'empoigne et me pousse en claironnant systématiquement  : "Les p’tits devaaant !"

C’est humiliant.

J'évite les verres et repas au comptoir parce je porte des jupes et qu'il m’est impossible de me hisser sur un tabouret de bar sans contorsions ridicules. En descendre est tout aussi désagréable. Je déteste les soirées bruyantes où les gens debout discutent en rond pendant que je me dévisse le cou à essayer d’entendre ce qui se dit  et  voir autre chose que le dessous des mentons.

Je prends soin d’appliquer ce bon conseil d’Ovide : « Asseyez-vous et  ne vous levez pas, de crainte que, debout, on ne vous croit encore assise ».

Je souffre de marcher dans la rue avec des gens dont une enjambée vaut trois des miennes et qui voudraient que je courusse pour me tenir à leur hauteur sous le prétexte qu’ils ne peuvent pas marcher plus lentement.

Et qu'on ne me sorte plus ces clichés comme "Tout ce qui est petit est mignon" ou "Napoléon était petit mais il a fait de grandes choses"

C'est énervant.

Au fond, 154 cm, ça veut aussi dire autonomie, patience et grands moments de solitude.

 

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Lynerika 04/08/2014 11:19

Ma meilleure amie fait elle aussi face à ces désagréments mais je dois ajouter que faire 178 cm n'est pas beaucoup plus commode !

Baronne Samedi 15/08/2014 19:47

Peut-être, mais pour la cueillette des cerises, c'est un sacré avantage !