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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Janáček, Strauss, Dvořák/Slobodeniouk - Orchestre National de Lyon

Publié le 12 Novembre 2017 par Baronne Samedi in Art et spectacles, Musique, Lyon

Dima Slobodeniouk (c) Marco Borggreve

Dima Slobodeniouk (c) Marco Borggreve

Le 11 novembre, l'Orchestre National de Lyon invitait le chef russe Dima Slobodeniouk pour un programme rare à l'Auditorium,

En ouverture, nous avons pu entendre la Suite de la Petite Renarde rusée, de Leoš Janáček, tirée de l'opéra de 1923 par Václav Talich en 1937.

L'oeuvre tchèque à une genèse originale dans l’histoire de l’opéra.  Le directeur d'un quotidien de Brno, séduit par la drôlerie de vignettes dessinées par Stanislav Lolek, demanda à Rudolf Těsnohlídek de rédiger de brèves légendes pour accompagner les 193 dessins, et les aventures la renarde Finoreille furent  publiées, en feuilleton, en 1920.

Marie Stejskalová, femme de ménage chez les Janáček, les lisait en riant aux éclats, attirant l’attention du compositeur qui en tira un livret au grand étonnement de Těsnohlídek qui pensa à une plaisanterie.

La Suite est pleine de vie, avec une puissance soutenue par l'insistance des violons, des cuivres et des percussions ; et pourtant empreinte de nostalgie, avec la rondeur des violoncelles et un délicat passage de harpe et violon solo. 

Dessin de Stanislav Lolek

Dessin de Stanislav Lolek

C'est dans un registre bien plus houleux que débute le poème symphonique Don Juan, de 1889, composé par Richard Strauss. D'abord fasciné par le personnage du séducteur dans la tragédie de Paul Heyse, "La fin de Don Juan", c'est le poème inachevé de Nikolas Lenau qu'il cite en exergue de sa partition.

La polyphonie en est dense, requérant toute la virtuosité de l'orchestre pour en transmettre toutes les variations.

L'ouverture colossale annonce d'emblée toute la superbe et l'arrogance d'un Don Juan flamboyant.

Tableau de Max Slevogt

Tableau de Max Slevogt

Puis un délicat motif de violon annonce un élan romantique, riche en hautbois, évocateur des plaisirs et de la douceur des femmes.

Mais un silence brutal, saisissant, met fin au tourbillon et laisse place à quelques mesures funèbres scellant la chute du séducteur.

L'oeuvre est d'une rare puissance et l'entracte se révèle salutaire avant d'en entendre une autre.

Truls Mørk par Morten Krogvold

Truls Mørk par Morten Krogvold

Pour la dernière partie, le violoncelliste soliste Truls Mørk, à la stature imposante, qui nous a gratifiés d'un intermède cocasse quand il a dû se débattre avec le réglage de son siège.

Dvořák prit durant trois ans la direction du Conservatoire national de musique de New York.  Le compositeur n'aimait guère le violoncelle  avec "ses aigus nasillards et ses graves qui marmonnent", pourtant lorsqu'il entendit en 1894 le Concerto n° 2 de Victor Herbert, à Brooklyn, il se lança dans la création du Concerto pour violoncelle en si mineur.

Durant l'écriture, déjà empreinte de nostalgie pour son pays d'origine, Dvořák apprit la maladie de Josefina, son amour de jeunesse.  Il ajouta alors un thème intense au violoncelle, emprunté à une de ses mélodies qu'elle aimait particulièrement.

En 1895, de retour en Bohème, le compositeur fut frappé par le décès de Josefina  et  ajouta dans le final un répons de violon et violoncelle, donnant à son oeuvre une couleur tragique

Truls Mørk a rendu avec talent les passages rugueux tout comme ceux empreints de douceur, joliment soulignés de flûte.

Le public, séduit, l'a chaudement applaudi en clôture du concert. 

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Leoš Janáček -  Suite de La Petite Renarde rusée — 20 min
Richard Strauss - Don Juan, op. 20 — 20 min
Antonín Dvořák - Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104 — 40 min

Violoncelle Truls Mørk
Orchestre national de Lyon sous la direction de Dima Slobodeniouk

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