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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

L'Héritier de village - Marivaux/Anglade

Publié le 6 Octobre 2016 par Baronne Samedi in Art et spectacles, Théâtre

Au Théâtre de la Renaissance d'Oullins, jusqu'au 7 octobre, puis en tournée, la Compagnie Sandrine Anglade joue L'Héritier de village.

Le soir de la première, nous avons bénéficié d'un avant-propos très enlevé de Catherine Ailloud-Nicolas, maître de conférence agrégée en Lettres moderne, dramaturge et bien sûr spécialiste de Marivaux.

1720 est une année noire pour l'auteur. Son premier essai de tragédie, Annibal, se solde par un échec et surtout, il se retrouve ruiné par la faillite de Law.

Cinq ans plus tard, marqué par cette banqueroute, il écrit L'Héritier de village, une farce cruelle autour de l'argent qui reflète l'intérêt de Marivaux pour la réalité sociale de son époque, loin des clichés qui le veulent uniquement tourné vers les historiettes sentimentales.

Ainsi, Blaise, le paysan, hérite de façon inattendue d’une grosse somme d’argent. Au lieu d'en  profiter gaiement, il décide, sur les conseils d’un banquier, de la placer en actions. Il est désormais virtuellement riche et se pique de singer les nobles, prenant Arlequin comme domestique puis précepteur, entraînant femme et enfants dans cette folie, jusqu'à renier ce que leurs moeurs ont d'honnête.

Son état de nouveau riche ne manque pas d'attirer un chevalier et une veuve de la noblesse  qui, abandonnant toute prétention, sont prêts à épouser la fille et le fils pour renflouer leurs caisses. 

Sandrine Anglade a opté pour une mise en abyme, plantant les personnages dans un décor de coulisses, devenant des comédiens modernes qui répètent la pièce, avec deux musiciens à la guitare électrique. Le thème récurrent est Aux marches du palaisune chanson en vogue au 18e siècle, mais d'autres mesures endiablées donnent du rythme à l'ensemble.

Crédit photo : Henry CHE

Crédit photo : Henry CHE

L'humour de Marivaux réside dans la manière dont il tourne en dérision tant les affectations du nouveau riche que la cupidité des vieilles fortunes. 

Sandrine Anglade a laissé toute sa place au parler paysan qui empêcherait toujours Blaise, même cousu d'or, d'échapper à sa condition. 

Le contraste est hilarant, avec le Chevalier magistralement porté par Tonin Palazzoto, cynique et hâbleur à souhait.  Son duo avec la fille Colette est rendu d'autant plus savoureux par l'étendue des nuances que Julie Teuf apporte au rôle.

Il y a de belles trouvailles, comme ce cours de séduction délivré par Arlequin aux enfants de Blaise, pour lequel il leur fait alterner les répliques en claquant des mains comme on dirige des fauves à la chambrière.

En début et fin de représentation, un texte didactique projeté en fond de scène, donne le contexte de l'action puis souligne que la fin pathétique résulte d'une banqueroute dont les mécanismes étaient les mêmes que la crise économique de 2008...

A partir du 12 octobre, vous pourrez voir la pièce en tournée : toutes les dates sont  ici

Crédit photo : Henry CHE

Crédit photo : Henry CHE

Mise en scène Sandrine Anglade  Assistante à la mise en scène Yan Tassin
Univers sonore Romain Guerret, Arnaud Pilard (Groupe Aline)  Chef de chant Nikola Takov
Scénographie Frédéric Casanova Lumières Sébastien Lefèvre
Costumes Cindy Lombardi - Réalisation Costumes Brice Wilsius Stagiaire Océane Gerum
Collaboration dramaturgique Claude Chestier

Comédiens : 

Madame Damis Julie Bertin
Arlequin Johann Cuny
Blaise Vincent Debost
Le Chevalier Tonin Palazzotto
Colin Yacine Sif El Islam ou Yan Tassin (en alternance),
Claudine, Colette Julie Teuf
Les musiciens Romain Guerret et Arnaud Pilard

Spectacle créé à l'Espace Georges Simenon à Rosny-sous-Bois le 1er octobre 2016

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