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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Les Précieuses Ridicules - Molière/Germser

Publié le 17 Juin 2016 par Baronne Samedi in Art et spectacles, Théâtre, Musique

Fidèle à sa passion pour la musique, le Théâtre de la Croix-Rousse nous donne à voir une extravagante version des Précieuses Ridicules

Plumes, paillettes... miroir aux alouettes ? C'est dans le séduisant monde du spectacle que Camille Germser transpose la satire de Molière aux accents de farce.   

L'argument initial est pourtant une cruelle vengeance : deux jeunes gens, éconduits par deux coquettes prétentieuses, décident de les berner en envoyant leurs valets déguisés en marquis et vicomte. Fascinées par l'idée d'appartenir à une prétendue "académie des beaux esprits" plus  relevée que leur milieu provincial, les cousines finissent ridiculisées, à la grande joie de Gorgibus qui leur avait d'abord présenté les prétendants de bon aloi.

Compositeur et musicien, Germser a fondé sa compagnie La Boulangerie en 2001 avec le désir de confronter ses propres créations  à la scène.  La partition de cette comédie est donc "confectionnée à la mesure du texte, des comédiennes et des enjeux ; elle transporte l’action, lie la scénographie, les costumes et la danse [...] "

Le choix d'une atmosphère kitsch en diable, entre music-hall et vaudeville, reflète la vanité des Précieuses. Devant tant d'outrance, Molière ne se contente pas de se retourner dans sa tombe : il en sort littéralement tel un fantôme pour s'immiscer dans l'affaire. 

Auréolé de gloire et de paillettes, il devient tour à tour le metteur en scène d'une troupe à l'ego démesuré, et  Mascarille, le valet soi-disant marquis, habillé ici en meneuse de revue.

En effet, c'est Molière, certes, mais joué par une comédienne car la troupe de la Boulangerie ne compte en fait que des femmes, clin d'oeil aux époques où des hommes endossaient les rôles féminins.

(c) Cédric Roulliat

(c) Cédric Roulliat

Germser en rajoute dans le texte comme dans les personnages au point que l'affaire part totalement en vrille, ou pour le dire comme une précieuse : la  comédie ainsi donnée est un embarquement pour les confins de l'Imaginé.

C'est d'autant plus vrai que les spectateurs sont traités comme les passagers d'un avion, accueillis par des hôtesses de l'air et  interpellés par la  voix  hors champ d'un commandant de bord diffusant des annonces pleines d'auto-dérision.

Le tout est truffé de clins d'oeil comme Molière (excellente Barbara Galtier)  faisant son entrée en citant Cécile Sorel, et Gorgibus (inénarrable Ana Benito) aux allures de Patsy Stone à l'espagnole.

D'anachronismes en détournements,  de gags en numéros de danse, on peut dire adieu à la pièce originale et au simple bonheur d'un texte bien ficelé.

On se demande d'ailleurs si prendre un texte classique pour le démanteler à ce point présente un réel intérêt.  Germser a tant de trouvailles amusantes et une troupe tellement talentueuse qu'il aurait sans doute pu créer une oeuvre originale.

Ces deux heures de comédie en sont la preuve !

(c) Cédric Roulliat

(c) Cédric Roulliat

Jusqu'au 23 juin au Théâtre de la Croix-Rousse.

Adaptation, musique et mise en scène  Camille Germser 

Conseil à la dramaturgie Nicolas Pierchon Scénographie Caroline Oriot 

Lumières Sébastien Dumas Son Michaël Selam Régie générale Caroline Oriot 

Comédiennes  Ana Benito, Sahra Daugreilh, Clotilde Fargeix, Barbara Galtier, Laure Giappiconi, Julie Morel, Marianne Pommier, Laetitia Villemaux,

Costumes Camille Germser, Agathe Trotignon Confection Elisabeth Germser, Françoise Morel, Katherine Pommier, Agathe Trotignon

Construction Laurence Breton, Claire Gringore, Fanny Gautreau, Caroline Oriot  

Chargé de production Philippe Mangenot

Coproduction Compagnie La Boulangerie et Théâtre du Point du Jour

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