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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Sanjûrô - Akira Kursosawa

Publié le 18 Octobre 2015 par Baronne Samedi in Art et spectacles

Le Festival Lumière 2015 a fait la part belle à Kurosawa, présentant près d’une quinzaine de films en copies restaurées de celui qui fut le premier metteur en scène japonais à recevoir une récompense internationale majeure, le Lion d'Or au festival de Venise en 1951.

Dans une œuvre empreinte d’inventivité visuelle, Kurosawa privilégie des personnages complexes embarqués dans des histoires aux ressorts dramatiques intemporels. Son talent a grandement influencé des cinéastes occidentaux comme Sturges, Leone, Lucas ou Scorsese .

C’est au milieu du 19e siècle, alors que s’effrite la rigide structure sociale japonaise, que Kurosawa a situé l’aventure de Sanjûrô, tournée en noir et blanc. Son héros, interprété par le charismatique Toshiro Mifune, est un de ces samouraïs errants, sans maître, un rônin devenu cynique et débraillé.

Akira Kurosawa a expliqué son choix lors d’un entretien paru dans les Cahiers du Cinéma en 1965 : « Même les rônins gardaient une noble allure dans leur déchéance, filmer cela n’aurait abouti qu'à des images pétrifiées. J'ai donc conçu un rônin échappant totalement à la règle de cette société. […] cette conception du personnage offre de nombreuses possibilités quant aux rythmes et à la composition du champ. Un samouraï comme Sanjûrô pourrait s'asseoir sur un plateau de go et même sur un autel.. »

Sanjûrô - Akira Kursosawa

Dormant dans une cabane dans les bois, Sanjûrô est réveillé par la discussion d’une bande de jeunes samouraïs inquiets de la corruption régnant dans la province. Impulsifs et inexpérimentés ils pensent dénoncer le chambellan auprès de l’inspecteur Kikui. En réalité, comme le démontre rapidement Sanjûrô, c’est ce dernier qui est le malfaiteur, aidé par son complice, le samouraï Muroto Henbei.

Encerclés dans la cabane, les jeunes gens comprennent leur erreur et sont sauvés in extremis par une ruse de Sanjûrô qui, pour faire bonne mesure, pourfend plusieurs ennemis.

Emu malgré lui par la reconnaissance des maladroits conjurés, le rônin décide de se rallier à leur cause pour libérer le chambellan pris en otage avec son épouse et sa fille par Muroto Henbai.

Dans cette satire cocasse du film héroïque, Kurosawa met en scène un vieux briscard irrévérencieux, une sorte de Scapin qui use de tous les stratagèmes pour neutraliser les vieux cupides et sauver les jeunes idéalistes.

Il y a des moments très drôles, comme les neufs samouraïs, alignés tels des canetons derrière Sanjûrô, pensant pouvoir le suivre dans une mission de reconnaissance furtive, ou ce soldat adverse détenu volontaire, qui surgit d’un placard tel un deus ex machina pour commenter les actions.

Sanjûrô - Akira Kursosawa

Sanjûrô n’est pas une représentation grandiloquente de l’affrontement du bien et du mal mais bien un théâtre d’hommes pétris de faiblesses qui tentent par tous les moyens d’améliorer leur condition.

Le rôle des femmes n’est pas non plus négligeable, en particulier celui de l’épouse du chambellan qui rappelle doucement à Sanjûrô que la violence n’est que l’ultime recours., et qu’il est tel un sabre nu qui doit rentrer dans son fourreau.

Si le récit est plus une comédie qu’un film de sabre classique, Kurosawa n’est pas totalement iconoclaste. Certes, son héros joue le bouffon frappant à grands coups le derrière de ses assaillants mais dans le duel contre Muroto, il donne aux jeunes guerriers une leçon de respect pour l’adversaire, déclarant même que l’homme était pareil à lui.

Si jusque là, malgré les morts, on ne voyait pas le sang couler, la scène finale est terrible.

Tel celui décrit par Eiji Yoshikawa dans « La pierre et le sabre », le duel est d’une stupéfiante brièveté. Après un long face à face, digne d’un western, Muroto est tué d’un seul coup et meurt dans un flot de sang giclant avec une force surnaturelle (*)

Tristement, Sanjûrô reprendra sa route solitaire, enjoignant les neuf jeunes samouraïs à garder le sabre dans son fourreau.

 

(*) Heureusement pour les âmes sensibles, l’animateur du Festival avait indiqué en ouverture que cet effet spécial avait été obtenu par un savant mélange de chocolat et d’eau gazeuse.

 

Sanjuro (Tsubaki Sanjûrô )
Japon, 1962, 1h36, noir et blanc, format 2.35
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryûzô Kikushima, Hideo Oguni, d’après le roman Jours de paix de Shugoro Yamamoto
Photo : Fukuzô Koizumi, Takao Saitô
Musique : Masaru Satô
Montage : Akira Kurosawa
Décors : Yoshirô Muraki
Production : Ryûzô Kikushima, Tomoyuki Tanaka, Toho, Kurosawa Production
Interprètes : Toshirô Mifune (Sanjuro Tsubaki), Tatsuya Nakadai (Hanbei Muroto), Yûzô Kayama (Iori Izaka), Takashi Shimura (Kurofuji), Kamatari Fujiwara (Takebayashi), Masao Shimizu (Kikui), Yunosuke Itô (Mutsuta), Takako Irie (l’épouse de Mutsuta), Reiko Dan (Chidori, la fille de Mutsuta), Keiju Kobayashi (l’espion)


Film restauré par Wild Side à partir de numérisations de la TOHO.
En avant-première de la sortie en salles par Carlotta, qui commencera en mars 2016.

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