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Baronne Samedi

Broutilles paraissant le crésudi

Dom Juan, façon grand art - Thierry Bordereau

Publié le 13 Janvier 2014 par Baronne Samedi in Art et spectacles, Théâtre

Thierry Bordereau et sa plateforme de création théâtrale Locus Solus déclarent dans leur manifeste : « Notre théâtre n’a pas lieu dans la rue, ni dans l’entreprise, ni au supermarché… mais au théâtre ».

Et pourtant ! Le « Dom Juan » qu’ils ont donné au Théâtre de la Croix-Rousse aurait pu être joué sur un champ de foire sans perdre l’attention du public.

Ils déclarent aussi : « Notre théâtre n’existe pas sans texte, sans auteurs » et « Notre théâtre n’existe pas sans acteurs, sans poète de la langue et du jeu ».

La promesse est largement tenue : certes le texte de Molière, est fort, nerveux et  intemporel de par sa thématique mais il faut de vrais talents pour en souligner le rythme et les nuances.

Le parti pris de décor minimaliste est sans importance. Locus Solus estime qu’en la matière « [il faut] utiliser les rejets nombreux de la société de consommation… faire avec qu’on a sous la main… s’accommoder des restes du naufrage ».

Dom Juan, façon grand art - Thierry Bordereau

Mais disons-le tout net : pour ce « Dom Juan » magistral, le minimal est encore superflu. Les changements à vue de quelques tables à roulettes n’ont finalement que l’inconvénient de ralentir la course folle vers l’abîme d’un Dom Juan rebelle que son complaisant valet ne peut arrêter.

Et quel valet ! Mickael Pinelli, sans grimaces, restitue toute sa veulerie à peine empreinte de quelques scrupules ; il est le gagne-petit qui vend son âme pour quelques sous quand son seigneur choisit de n’en avoir aucune. Tour à tour cocasse, pitoyable et matois, Pinelli est un Sganarelle d’une grande finesse.

Le père de Dom Juan, poignant, est porté par Fabien Grénon dont la formidable présence s’appuie sur une voix magnifique. On remarque aussi Marijke Bedleem en délicieuse Charlotte dont les minauderies n’enlèvent rien à ce qu’elle donne à comprendre du désir profond du petit peuple à s’élever, quoi qu’il en coûte. Thierry Vernesson, excellent Pierrot, se transforme pour interpréter avec deux autres personnages et Réjane Bajard est une déchirante Elvire comme une amusante Mathurine.

Et la fameuse statue du commandeur ? Elle surprend autant qu’elle donne à réfléchir…

J'ai vu là du très bon théâtre, celui qui donne toute sa noblesse au spectacle vivant.   A force de délires conceptuels, on oublie parfois que le théâtre c'est  ça : une parole si précise et des déplacements si aboutis qu’on est littéralement emporté dans l’histoire.

 

« Dom Juan ou le Festin de Pierre », au Théâtre de la Croix-rousse le 11 janvier 2014.

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